Marguerite, Françoise et moi de Danièle Saint-Bois

Marguerite Françoise et Moi par Daniele

Avant toute chose je remercie le site Babelio pour son opération "masse critique" et les éditions Julliard qui m'ont permise de lire ce livre et d'en faire la critique et surtout de découvrir cette auteure...

Quatrième de couverture : "Il y a longtemps j'étais nécrivain. Je ne m'en vante pas, mais c'est vrai. Même mon éditeur....Ah, déjà ça ne va pas, ce "mon éditeur", ce possessif sans partage. 0a vous a des airs de pimbêche prétentieuse. Mon éditeur. Pas le vôtre, ni celui de Tartempion, le mien, et accessoirement, de quelques autres... certains ma foi des plus remarquables. Tenez, prenez Françoise Saga, et bien voilà, voilà quelqu'un de mondialement connu qui a été publié par mon éditeur. vous voyez ?"

Drôle, féroce, Danièle Saint-Bois n'a pas sa langue dans sa poche. Avec un humour décapant, elle décrit la traversée deu désert d'une femme écrivain amenée à travailler comme vendeuse dans une boulangerie. Pamphlet contre les inégalités, le cynisme des puissants et la bêtise galopante, Margueriet, FRançoise et moi est aussi un hommage à la lecture -seule planche de salut dans c emonde cruel- un manuel de survie par temps de crise et un puissant antidote contre la morosité.

Danièle Saint-Bois  a publié Galàpagos (Stock), la Reine de Barcelone (Albin Michel), et, chez Julliard, le Ravin de la femme sauvage, Au premier sans, Si toi aussi et Dies Irae.

Mon avis : si je devais résumé ma critique à deux mots  : bonbon acidulé ....mais tellement bon....qui suscite une avalanche d'adjectifs  , surprenant, fruité, acide, piquant, sucré, collant, coloré, fondant, salivant, pétillant, un roman qui ne manque pas d'audace mais d'une vérité surprenante aux couleurs d'un humour décapant certes mais on n'en redemande. L'auteur tire le portrait d'un écrivain au creux de la vague mais par là on doit y voir aussi tout ce qui est glorifié un jour pour être oublié le lendemain, ce monde de pacotille qui brille mais fini par ternir bien vite pour être remisé au placard... l'envers du décor d'un écrivain quand la fiction rattrape la réalité, quand l'encre ne veut plus couler et qu'il faut pourtant vivre, un écrivain devenu vendeuse de petits pains alors ça devient un roman... est-ce un autoportrait ou pas ... on a du mal à le croire... pourtant Marguerite nous dit le contraire si on en croit le  programme de la résidence des écrivains qui a permis la naissance de ce roman !!! mais combien d'auteurs galèrent, combien d'auteurs français vivent correctement de leurs écrits, peu je suppose ? ce livre pourrait faire peur à tout auteur qui débute et se dire tant de peine de galère pour que tout s'écroule un jour ou l'autre... l'auteur prend le "risque" ou pas de claquer haut et fort une certaine vérité sur le monde du livre, de l'édition et aussi des lecteurs oui oui oui cher bloggeur pourquoi bouder certain roman alors qu'ils méritent une lecture plutôt qu'un autre sous prétexte qu'il trône au devant des vitrines ????

J'ai aimé l'histoire de ce roman, sous ses airs révolutionnaires il ne s'en cache pas moins une belle sensibilité, des passages "émotion" et beaucoup d'humour comme je l'aime... une vérité dit haut et fort, un roman qui met les points sur les "i" et pas entre parenthèses, un roman qui peint le tableau d'un quotidien mais aussi de toute une société de consommation que le lecteur reconnaitra sans trop de peine, c'est croustillant, tendre, chaud tout comme un bon croissant vrai de vrai pur beurre d'un vrai boulanger et sans matière suspecte, un roman qui met en appétit et qui achévera de vous donner envie d'écrire ou plutôt d'éditer à moins que à l'opposé cette histoire vous donnera le petit coup de pouce pour prendre votre envol...une histoire qui aborde Sagan et Yourcenar ça nous donne aussi envie de les relire ou les rédécouvrir c'est du moins mon cas. J'ai aussi envie de connaître un peu plus l'auteur elle-même car je dois l'avouer je n'avais jamais croisé l'un de ses romans pur hasard ou pas, cette lacune sera vite comblée...

un petit bémol, je pense que certains lecteurs pourraient se lasser de la façon dont elle noircit le tableau d'un quotidien, un côté un peu trop pessimiste si ce n'est pas tout bonnement du réalisme c'est selon sa propre interprétation et son humeur du moment selon sa perception de la vie actuelle de sa sensibilité ... pour ma part j'acquièse tout simplement...

le manuel de survie !! à vous de juger ... dans tous les cas cette lecture ne vous laissera pas indifférent...

Les passages de ce livre : mon livre est truffé de post it, j'ai du me faire bataille pour ne pas vous reproduire tout le livre entre les passages humour, vérité, émotion ...  lesquels choisir ?

Côté émotion : "A peine dans la rue, elle se met à courir en remontant vers l'église. Je l'entends crier ces mots :Papa, papa ! Je n e l'ai pas acheté, elle me l'a donné ! La joie la porte, la soulève, une joie trop grande pour si peu de chose, ce Malabar dans sa main. Elle montre certainement un trésor à son père. Sa voix d'enfant exaltée me vrille la tête, papa, papa, elle me l'a donnée ! Cette joie qui la porte bien vite va s'éteindre, se diluer dans le courant  du jour pour laisser béer une sorte de vide inexplicable que rien jamais peut-être ne viendra combler. Dans la boulangerie déserte, je m'en veux de plus en plus de ne pas lui avoir donné trois sucettes, deux croissants, dix malabar et tout ce qui s'ensuit. Je serre les dents pour ne pas pleurer. "

coté édition dérision "vérité ???""  : " c'est bien simple le mieux pour démarrer dans la littérature, c'est d'être jeune, belle (beau) et de passer un casting. Mes anges si vous êtes bonnes pour Lacroix, pour Mugler ou pour le cinéma, vous pouvez y aller. Ecrivez. ensuite envoyer vos photos en même temps que le manuscrit en précisant que vous êtes toujours au biberon de Contrex et vous serez en médaillon dans ............. "

côté livre : " Oui, c'est un moment bien particulier que celui où l'on trouve entre les pages d'un livre cette trace fossile, la liste de courses, un ticket de caisse, ou de métro, une image, quelque chose ayant appartenu à la vraie vie. Quelque chose placé là intentionnellement ou non, abandonné. Il ne faut surtout pas l'enlever, le petit caillou blanc du passé,  le bout d'une autre vie. Il faut le laisser dormir entre les pages car, endormi, il est toujours vivant"

côté je dis tout haut ce que pense tout bas les autres : " pour s'en convaincre, il suffit, premièrement de regarder défiler à la télé les larbins de notre Seigneur premier, bavant dégoulinant d'officiellerie poisseuse, les répétiteurs du sublime prêche, les prélats plein d'onction, de jubilation jugulée, les chanoines perroquets et se vantant de l'être : gnangn, gnagna  comme l'a dit notre seigneur premier ......

Le Mot de l'éditeur : Marguerite, Françoise et moi :

Déçue par le peu d'écho rencontré par ses livres, une femme est contrainte d'arrondir ses fins de mois en travaillant comme vendeuse dans une boulangerie de la petite commune où elle vit. Comble du désenchantement, la France vient d'élire un président de la République incarnant les valeurs que notre héroïne a toujours combattues ardemment. Face à tant d'adversité, comment ne pas baisser les bras ? Et où trouver du réconfort ? C'est dans les livres – ceux, en particulier, de Françoise Sagan et de Marguerite Yourcenar – que notre héroïne puisera la force de résister au marasme. Pour finir par reprendre le chemin de l'écriture. Hommage vibrant à la lecture, seul rempart contre la bêtise et véritable planche de salut dans un monde cruel, l'histoire de Danièle Saint-Bois est revigorante. Drôle, féroce, ce récit autobiographique décrit sans fard la traversée du désert et l'héroïsme au quotidien d'une femme révoltée contre toutes les formes d'injustice. Son livre est un manuel de survie par temps de crise et un puissant antidote contre la morosité.