Dans le cadre du challenge du premier roman, j’ai choisi de vous présenter ce livre de Tatiana ARFEL “l’attente du soir”. Ce roman a été couronné au salon du premier roman, et a reçu le prix Emmanuel Roblès.

Je rappelle que ce challenge a pour but essentiel de faire découvrir des premiers romans, les lire et donner l’envie de les faire lire… mais aussi de présenter l’auteur.

L’auteur

J’ai choisi pour ma part de vous présenter ARFEL Tatiana par cette vidéo sur le site WEB TV CULTURE  par ici, la présentation du journaliste m’a laissée sourire aux lèvres, il a merveilleusement bien défini ce que je ressens en lisant un premier roman … L’expérience de l’auteur de son premier roman notamment les maintes refus qu’elle a subis avant de se voir publier..est aussi intéressant à découvrir tout autant que son parcours de ses écrits à ce premier roman…

Je vous laisse découvrir cet entretien …

je n’en dirai pas plus car tout est résumé sur cette vidéo, que vous dire de plus qu’elle semble être une femme courageuse et généreuse, humble et sensible, simple et chaleureuse et qu’elle parle des mots avec passion. C’est une auteure qui j’espère nous offrira encore de merveilleux romans colorés et originaux, riches et sensibles.

J’ai choisi ce roman un peu au hasard de mes flâneries sur le net et notamment sur le site du festival du premier roman. Et je dois dire qu’une fois encore le hasard et mon intuition furent de bonne augure …

Quatrième de couverture

Ils sont trois à parler à tour de rôle,  trois marginaux en bord de monde.

Il y a d’abord Giacomo, vieux clown blanc, dresseur de caniches rusés et compositeur de symphonies parfumées. Il court, aussi vite qu’il le peut, sur ses jambes usées pour échapper à son grand diable noir, le Sort, fauteur de troubles, de morts et de mélancolie.

Il y a la femme grise sans nom, de celles qu’on ne remarque jamais, remisée dans son appartement vide. Elle parle en ligne et en carrés, et récite des tables de multiplications en comptant les fissures au plafond pour éloigner l’angoisse.

Et puis il y a le môme, l’enfant sauvage qui s’élève seul, sur un coin de terrain vague abandonné aux ordures. Le môme lutte et survit. Il reste debout. Il apprendra les couleurs et la peinture avant les mots, pour dire ce qu’il voit du monde.

Seuls, ces trois-là n’avancent plus. Ils tournent en rond dans leur souffrance, clos à eux-mêmes. Comment vivre ? En poussant les parois de notre cachot, en créant, en peignant, en écrivant, en élargissant chaque jour notre chemin intérieur, en le semant d’odeurs, de formes, de mots.  Et, finalement, en acceptant la rencontre nécessaire avec l’autre, celui qui est de ma famille, celui qui, embarqué avec moi sur l’esquif ballotté par les vents, est mon frère.

On ne cueille pas les coquelicots, si on veut les garder vivants. On les regarde frémir avec ces vents, dispenser leur rouge de velours, s’ouvrir et se fermer comme des coeurs de soie. Giacomo, la femme grise, le môme, que d’autres ont voulu arracher à eux-mêmes, trouveront chacun dans les deux autres la terre riche, solide et lumineuse, qui leur donnera la force de continuer.

Mon avis

Une merveilleuse palette de couleurs qui jonglent entre 3 personnages en mal d’être… Sachant que le mélange de toutes les couleurs donne le gris… vous comprendrez quand vous aurez lu le livre… ce gris, ce neutre, cette couleur éteinte… comment la réveiller ?

Un univers à 3 pôles, 3 parcours, 3 personnages, 3 douleurs portées différemment, tout le long du récit, l’auteur nous peint ces 3 histoires avec un style différent qui se colle aux personnages, c’est déjà là une écriture riche et ciselée comme une sculpture où chaque mot a son importance donnant cet équilibre indispensable dans l’histoire afin de ne pas tomber dans une lecture rectiligne.

3 dimensions bien dissociées qui au fur et à mesure du récit, se rapprochent pour finir pas se fondre tout à fait. Un peu comme si, le peintre aurait commencé par 3 tableaux monochromes et doucement tente  le mélange des couleurs pour ne plus les dissocier et nous livrer les mille et une combinaisons possibles.

J’ai savouré la manière dont l’auteur nous décrit les sentiments profonds comme la peine, le deuil, l’amour pas seulement d’un couple mais d’un enfant envers un chien, d’une mère envers son bébé, d’un homme envers son cirque etc… puis les états comme l’adolescence, la vieillesse, l’âge qui inexorablement s’accable sur notre corps, des situations de faits comme la guerre. Et malgré la profondeur et la noirceur à nous livrer, l’auteure a su comme par magie adoucir ce noir tout en poésie et  avec une remarquable originalité (voir les extraits) … pour ma part, ce fut un vrai régal, une réelle satisfaction de lecture. Chaque description est une nouvelle peinture, chaque personnage est une couleur, chaque sentiment devient un paysage, l’ensemble magnifiquement bien orchestré dans une harmonie parfaite, sensible, émotive et mélodieuse. Les couleurs, les odeurs, tous les sens s’unissent, s’invitent, pour mieux se confondre en une danse féerique…

Un bouquet explosif de sensations… 

L'avis de Keisha qui vous mènera aussi vers d'autres avis c'est par ici

Extraits

Encore ici j’ai préféré vous mettre un enregistrement lu par l’auteure elle-même c’est bien plus parlant qu’un extrait écrit… car déjà le son de la voix et l’intonation vous porteront vers l’univers de ce roman…

Malgré tout en cours de ma lecture, je n’ai pas pu résister à coller des post-it un peu partout, hélas je ne vais pas pouvoir vous réécrire tout le livre !

Mais je dois de vous livrer quelques passages qui je l’espère vous donneront l’envie certaine de succomber à ce roman haut en couleurs, sensations et émotions.

Comment résister à la tentation sucrée et à la fois aigre douce d’un monde où des êtres dit humains traitent  leur propre enfant comme des objets et encore, et a contrario, l’amour des parents si fort et protecteur, fracasse pour toujours le coeur d’un enfant  suite à la perte de l’un d’eux.

Comment ne pas vouloir se glisser sous la toile du chapiteau, et découvrir le spectacle de trois âmes vagabondes à la recherche d’un port… dites le moi …

Extrait 1 page 49 : Finalement, le Sort s’était trouvé un émissaire idéal, une guerre vert-de-gris qu’on ne voyait pas, mais qui sortait de Sa bouche noire et nous encerclait dans les volutes de Son haleine toxique.

Extrait 2 page 50 : Je ne peux pas dire avec des mots ce que ce fut pour moi de perdre ma mère. Ma mère, la douceur parfumée de ses cheveux, ses chansons étranges pour m’endormir. Ses mains toutes petites, couleur pêche blanche, qui me lavaient chaque soir de la fatigue et de l’énervement de la journée. Son silence quand elle ne chantait pas et son sérieux appliqué quand elle m’écoutait….--- toute cette couverture douce autour de moi se retirait d’un coup, laissant derrière elle l’étreinte glacée du monde à affronter encore des années durant. ---- Au lieu de quoi, elle est morte au sol, misérablement, comme un oiseau tiré en plein vol. Elle aurait dû mourir en s’envolant simplement du haut du chapiteau vers les étoiles, et chaque fois que j’aurais regardé le ciel, je l’aurais vue danser entre les constellations.

Extrait 3 page 135 : Ce n’était pas écrit. C’étaient des peintures. Et mon vieux coeur a bondi. Voilà comment vous vient la poésie : vous venez dans un terrain vague recouvert d’immondices, sous un ciel effondré. Vous vous demandez par où viendra la brèche, le ciel bleu, l’arc-en-ciel d’odeurs de paradis;-----Et c’est là qu’elle vous attend, sans même briller dans la pénombre pour vous en avertir.

Extrait 4 page 169 : On aura, je l’espère, bien compris que je ne parle pas de filiation biologique, cette imposture, mais de la vraie filiation, celle du coeur et de la poésie.

Extrait 5 page 171 : Il m’a vu pleurer. Il a pris ma main dans les siennes, sans la griffer. L’enfant m’a consolé de sa souffrance à lui. Depuis la mort de ma mère personne ne m’a consolé de la vie, des douleurs, des écorchures du Sort. Près de quarante ans après elle, il y avait quelqu’un qui prenait ma peine dans ses mains. J’ai eu à nouveau dix ans et un chapiteau de tendresse m’abritait.

Quand il a écarté ses doigts, ma peine a coulé entre eux comme une fine pluie dorée, et elle s’est écrasée au sol en souriant. Sur la terre qui l’a bue, le lendemain, ont fleuri trois coquelicots…

Extrait 6 page 181 : Je n’avais pas trouvé l’enfant : je l’avais retrouvé, comme on trouve au fond de soi ce qu’on a toujours eu, caché dans un labyrinthe de salles obscures qu’on met des années à parcourir. Je l’avais retrouvé comme le pays perdu après lequel je courais depuis tant d’années, le pays brillant et coloré qui ne se trouvait pas au bout d’une route de terre, mais dans l’abri de misère d’un enfant sauvage.

Extrait 7 page 184 : Ils n’étaient séparés que par la ligne qui marquait le niveau du sol et, dans un coin à gauche, on voyait un tout petit escalier de plumes d’oiseau pour qu’ils puissent se rejoindre.

Extrait 8 page 221 : je n’ai jamais vraiment su décrire les couleurs. D’habitude j’y prête peu d’attention, sauf lorsqu’elles blessent les yeux. Ici elles étaient en sourdine, discrètes et enveloppantes, c’étaient des couleurs qui fondaient tout, gommaient les contours rêches de mes idées de plomb, c’étaient des couleurs qui vous parlaient à l’oreille. Partout l’odeur du sucre, des rangées de sucre d’orge multicolores flottant sur chaque gradin, des enfants impatients, et par dessus tout ça une drôle de musique, assez triste, avec du violon et des cymbales aigrelettes.

En résumé :

Le pire dans l’homme, c’est l’homme …

Voilà la phrase du livre qui a mon humble avis, donne et résume à la fois toute la dimension de l’histoire

C’est pour moi une réelle découverte d’une grande richesse, étant hypersensible, j’ai ressenti toutes ces vibrations hautement sensorielles m’envahir d’un extrême plaisir.

Je ne peux que vous recommander d’aborder ce monde des couleurs,  de magie, de déchirures, d’émotions, croyez bien que vous ne pourrez rester insensibles à la plume de Tatiana ARFEL.

Laissez-vous tenter par ces 3 personnages pour un voyage dans un monde de mots qui ne sont plus tout à fait identiques qui savent se peindre plutôt que se définir, s’articulent d’une extrême souplesse et vous font tourner la tête, les yeux rivés vers les étoiles, c’est incontestablement une parfaite réussite pour un merveilleux spectacle d’un premier roman qui promet de bien beaux numéros…

La piste est à vous, entrez mesdames et messieurs, prenez votre place, tournez les pages et vous ferez de ce temps de lecture un vrai moment de bonheur.

Ce livre restera marqué dans ma mémoire de lectrice… un vrai coup de cœur que je m’empresse de prêter à mon entourage.

Ce premier roman, premier de mon challenge C1R 2010 se doit d’être partagé… si vous l’avez aimé ou l’aimerez alors faites-le savoir… les bons livres ne doivent pas dormir sur des étagères…

Et une question encore trotte dans ma caboche : qu’est-ce un bon livre à votre avis ?

C’était un sujet de bac… j’aurai aimé avoir ce sujet car l’encre aurait coulé comme un fleuve pour rejoindre l’immense océan des certitudes qu’un bon livre, c’est un livre qui vous émeut de part son écriture et à la fois par son histoire tout en vous laissant comme deux ronds de patates, avec une grande sensation étrange quand vous refermez ce dit livre, ou qui laisse longtemps rêveur et toute en réflexion… un bon livre, c’est la magie qui opère… et dont on voudrait qu’elle ne finisse jamais.

Et puis par ce livre me parle aussi en son alors :

Je finis en musique, par cet album que j’aime beaucoup : Mélanger les couleurs… de Kaolin artiste aux belles chansons et musiques… je n’ai pas choisi comme titre : mélanger les couleurs… mais une autre … qui me fait penser par sa musique à ce livre pourtant avec aucun rapport …. mais … la puissance de la musique avec ses hauts et ses bas, ce son strident puis l’apaisement, elle, la musique qui nous entraîne très haut vers les nuages peindre le ciel de toutes les couleurs… si on sait encore l’écouter dans toute sa dimension…