Un jeu fort sympathique organisé par Madame Kevin et Lizly voir tous les textes en jeu sur le blog ici

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L’ombre du poète

La valse des feuilles perpétuelle danse,

Après la valse des jambes

Triste abandon, solitude des chaises

Pavé soudain apaisé

Plus de pieds, plus de papier.

Le vent doucement caresse le parterre

S’amuse, s’enroule autour des tables vides

Se vide qui m’habite…

Etrange saison qui arrive

Je redoute ce soleil qui s’étiole

Bientôt plus de chaleur,

Que ce froid mordant pour tout compagnon

Plus de piécettes tombées dans mon chapeau

Plus rien ni sourire, ni petits mots de soutien

Rien que l’hiver acide, et cette faim qui me tenaille

Jour et nuit…

Ce destin que je n’ai pas choisi !

Je me souviens moi aussi,

Quand je pouvais me permettre de

M’égarer à loisir en posant mon fessier

Sur cette chaise ici même.

Partager un verre en fin de journée,

Un peu de temps volé au sourire d’un ami

Et puis, rentrer bien vite au bercail

Continuer cette routine si bien huilée.

C’est étrange comme les choses banales

D’un instant ne nous émeuvent point

Mais quand notre vie bascule

Un rien devient divin.

Combien je donnerais pour faire machine arrière

Combien je donnerais pour pouvoir m’asseoir

Une fois encore à cette table

Commander rien que un petit noir

Juste cueillir la chaleur d’un moment

Entre conversation anodine, et plaisanterie masculine

Aujourd’hui, les feuilles s’amusent avec mes lacets usés

Les chaises muettes, s’interrogent de mon triste sort

Le barman, feint de ne pas me reconnaître !

Ingrat, moi qui t’ai laissé tant de pourboire bien gras

Il m’houspille d’un oust toi ! Va voir ailleurs si j’y suis !

Solitude, fidèle amie,

Quand la vie mord mon souvenir,

Moi aussi j’aimerais devenir cette chaise

Bien que vide, mais elle est, ici présente

Prête à accueillir à la belle saison

Encore bien des popotins…

Et moi ?

Je serai sans doute encore recroquevillé à regarder

Ces jambes pliées ! Se déplier…

Ces tas de chaussures aussi diverses

Qu’élégantes,

Je verrai, ce pied se déchausser

D’une journée fatigante

Celui qui se balance d’impatience

Et encore des éclats de voix

S’envoler dans le brouhaha de la rue

Et des rires en filigrane

Qui courent d’un verre à l’autre

Ces couples en catimini se voler un baiser

Des hommes d’affaires qui n’ont plus rien à faire

Que de gaspiller leurs biftons

Sans même m’offrir une boisson

Il n’y a que cette vieille dame

Qui passe chaque matin

Acheter son pain

et me dépose bien emballé

Un petit encas de rien

Mais toujours bien attentionné.

Et encore ce môme qui me laisse

Son goûter en sortant de l’école

Parfois il me conte

Sa récitation parce qu’il sait

Que poète j’étais

Déchu, sans toit ni loi

Et surtout sans toi

Toi qui me regarde

Comme un pauvre mendiant

Toi qui ne daigne plus

M’adresser un seul mot

Et toi encore, passant d’un jour

Tu détournes ton regard de

Ce tableau pitoyable

Et toi, la belle qui pince ton nez

De cette odeur aigre d’un mal lavé

Et toi aussi, petit qui sourit

Et voudrait bien comprendre pourquoi

Cet homme vit sur le bitume

Sans rien, juste ses mains à tendre

Et toi qui ne peut admettre

Qu’on préfère souvent la misère

A cette vie de pacotilles bafouée,

Qui de toi ou moi

Est le plus à plaindre

Moi j’ai le temps de regarder les pieds de chaise

De longues heures durant

Moi je peux errer toute la journée,

Plus de compte à rendre

Plus d’histoires à raconter pour quelques minutes de retard

Plus rien qui vaille le goût de se battre

J’erre comme une âme en peine

A chercher l’éternelle vérité

Utopie d’une vie

Sans doute les feuilles me le souffleront

Un jour sans doute,

Votre regard croisera le mien

Là tout près de ces chaises,

Ces trois là qui ont compris

Que ma vie s’est achevée

A cette table,

Allez savoir pourquoi…

J’attends depuis ce temps

Au pied d’un arbre tout près de ce café

Que veuille bien reprend mon chemin…

Regardez bien cette photo

Sans doute vous y verrez mon ombre…

L’ombre de ma vie …

Flottant parmi les feuilles…

Pourtant …

J’existe !

Même si vous niez me voir …