03 avril 2010

L'absence d'oiseaux d'eau ; d'Emmanuelle PAGANO

oiseauxdeau.jpg

Quatrième de couverture : Tu m’as répondu j’étais ta rivière ? mais pour qu’il y ait une rivière, il faut qu’il y ait un lit, comme un récipient pour tenir l’eau. Tu étais mon lit.

Vous ouvrez le livre et déjà on ressent l’absence de cet autre : page 7

Note
Ce roman était à l’origine un échange de lettres avec un autre écrivain. Nous nous l’étions représenté comme une oeuvre de fiction que nous construisions chaque jour, à deux, et dans laquelle nous inventions que nous nous aimions. Nous ne savions pas jusqu’où le pouvoir du roman nous amènerait. Nous ne connaissions pas la fin de l’histoire.
Il est sorti de ma vie brutalement, abandonnant ce texte en cours d’écriture.
En partant, il a repris ses lettres.
Il y a donc des vides, des ellipses dans ce roman, dans lesquels il faut imaginer ces lettres, qu’il publiera peut-être un jour, une autre fois, ailleurs, séparément.”

Ce livre faisait partie de ma sélection de la rentrée littéraire 2010, le titre m’a appelé et résonné comme l’écho lointain d’un commun chemin, j’ai succombé à l’écriture poétique d’Emmanuelle PAGANO au diapason de cette histoire troublante.

Se découvrir par les mots, ce besoin d’écrire, de s’écrire qui prend sa source au plus intime de notre chair, ou les mots deviennent caresses, ou les phrases s’enlacent dans le lit d’une rivière, ou la poésie ricoche sur la surface de la peau, cette danse à quatre mains purement imaginée, complètement virtuelle nous immerge dans un bain de confusion : Quand les frontières du réel finissent par se confondre où l’histoire se dilue dans l’absolu besoin de consommer cette part de fiction pour devenir fusionnelle et charnelle, l’auteure devient acteur, le lecteur devient spectateur silencieux.

C'est un échange épistolaire devenu roman à sens unique,  ce livre au titre aux consonances d’évasion et d’interrogation qui vous invite à voyager sur les rives de cette histoire puissante par sa brièveté, et son intensité  qui s’achève brutalement dans un profond silence et d’indifférence, on ne sait plus on ne sait pas pourquoi d’un coup, les sentiments se meurent aussi vite qu’ils naissent, laissant sur les berges une âme en détresse, un corps meurtri et cet embryon à laisser comme témoin mortuaire d’un amour avorté avant terme.

Au fil des échanges, le flou s’immisce en filigrane d’un lien qui se noue et se resserre de plus en plus autour de la vie, s’échapper par les mots, s’évader aux franges de l’impossible non retour, franchir cette frontière, pénétrer cette bulle inventée à deux, et se laisser emporter par le vent de la passion fulgurante. Cette femme tiraillée par sa condition de mère, son besoin de se consacrer pleinement à l’écriture sans culpabiliser,  se garder une part de vie de femme épanouie et rester malgré tout la tête hors de l’eau alors que l’appel du fond se fait de plus en plus puissant, emporter par un tourbillon démesuré, sombrer au plaisir extrême pour finir noyer par l’incommensurable déchirure de l’absence…

Page 48 : “nos livres ne sont pas des boîtes où nous enfermons les papillons, ils sont les cocons où s’agitent et s’affairent les chenilles, et nos mots, nos phrases, sont faits de soie vivante. Ils sont cet espace étroit dans lequel deux chenilles tissent, chaque jour, chaque heure. elle tapissent les parois par la bouche de baisers de mots, de caresses, de corps à corps. je passe ma main sur l’abdomen doux de la chenille. Quand ce sera fini, qui pourra dire si nous avons été amants ou jumeaux ? “

C’est un livre qui ne se raconte pas, c’est un livre qui s’écoute, qui frisonne dans le trouble murmurant que cette histoire peut-être la nôtre comme la sienne. on compatit à ses choix de quitter son mari pour l’amant, on compatit encore au détachement par brides de ses enfants bien qu’on ressent cet amour maternel immense qui est présent à chaque confession, on ressent cette culpabilité omniprésente, pourtant elle dit clairement que ses enfant sont sa vie.

Page 141 : “ Ce n’est pas simple, parce que, parfois, mes enfants sont ma prison. Ma liberté pourtant. Je me suis battue pour les garder et les élever. ils sont ma force, ma liberté , et mon mur d’enceinte. Ils m’empêchent de partir, de quitter complètement mon mari, qui les a pris dans ses bras sans question. ils m’interdisent parfois d’écrire, de vivre ma vie, et dans le même temps, en même temps ils sont ma vie. “

Dans le début des échanges, elle semble maître de ce destin qui se dessine à l’horizon, avançant même que c’est elle qui le quittera, mais tout s’inverse, la force de la passion semble l’entraîner dans une spirale infernale, quand un beau matin, les rôles se sont inversés..

Page 212 : “Je ne savais pas combien pèse une main qu’un homme lâche soudain.”

réveil brutal, la perte, l’absence, ce grand vide, le manque, ce besoin de comprendre…

Page   233 : “Ce rêve était une bulle trop fragile, elle n’a pas tenu le choc du réel, du réveil”

la fin s’apaise pourtant comme un retour à la fiction si cette histoire n’était en somme qu’un roman… quand l’imaginaire fusionne avec le réel, la raison se perd dans la confusion …

Emmanuelle Pagano nous fait ses confidences, sans pudeur ni retenue, c’est franc et poétique à la fois, subtile et sensuel, romanesque ou réel, qu’importe ! L’écrivain se livre :

Page 23 : “ Je ne veux pas écrire avec une fleur dans les cheveux, je voudrais écrire comme on mord dans la viande, avec des dents et de la faim, avec du sang et du désir.”

Une belle écriture en arabesque, ou les mots vous parviennent comme les ondes du ricochet  effleurant vos sens,  délicat et fragile, puissant et violent parfois, un vrai livre qui bouscule et nous résonne, au loin nous parvient le cri d’un oiseau, un oiseau d’eau devenu chant mélodieux…

Mon livre avait encore une allure de papillon avec tous ces post-it ici et là, je n’ai pas voulu tout mettre pour garder un peu de magie à découvrir mais je finis par le mot de la fin du livre :” C’est juste une carte postale, juste un décor de livre”…

Je remercie Alapage.com de m’avoir offert ce livre que j’ai choisi, un livre que je vous invite à découvrir :

L’absence d’oiseaux d’eau  Emmanuel PAGANO

Echos ici et là : Le mondeLibérationle choix du libraireRemue net

Les blogs qui nous font écho comme un vol d’oiseau : Antigoneles heures de cotonAmanda Meyre   

Blog de l’auteure et sur le site P.O.L

Posté par saphoo à 10:32 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Commentaires sur L'absence d'oiseaux d'eau ; d'Emmanuelle PAGANO

Un très très beau livre et tu en parles très très bien, merci pour cette belle lecture d'une auteure que j'affectionne !! Merci pour elle !!

Posté par antigone, 03 avril 2010 à 12:25

Merci Antigone, c'est un livre qui me restera encore longtemps aussi, je l'ai mis avec mes livres de poésie et d'écriture, il a sa place parmi mes favoris, mes livres dans lesquels je m'abreuve à la source des mots...le titre m'a séduit sans en connaître le contenu, lu un résumé ici et là et j'aimais et j'aimme bien aussi ton billet qui a rendu mon impatience à rudes épreuves...

Posté par Pascale, 03 avril 2010 à 15:43
Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=566361&pid=17455697

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :