Suite à la disparition récente de Pascal Garnier, Stéphie a proposé de lui rendre hommage en lisant ses livres, c’est tout naturellement que j’ai répondu favorablement à cet appel, c’est un auteur que j’apprécie et sa disparition dans le monde littéraire sera un manque incontestable. Il nous a laissé une belle collection de livres à découvrir ou redécouvrir, j’ai commencé par le dernier sorti j’avais de toute façon l’intention de le lire sous peu.

Résumé de l’éditeur :

Père placide et d’humeur conciliante, voilà Marc parti vers le sud avec sa fille Anne qu’il vient d’enlever à son hôpital psychiatrique pour le week-end. Mais la petite escapade tourne bientôt à la cavale. Anne ne veut plus rentrer, surtout pas à l’asile. Elle veut aller loin, très loin, le plus loin possible. Constellée d’incendies bizarres et semée de cadavres, la drôle d’équipée se transforme vite en un hallucinant road-movie.
Avec férocité, avec fragilité aussi, les personnages de Pascal Garnier s’accrochent à leurs rêves naïfs ou dérisoires, en éclopés de la solitude fuyant le réel pour davantage s’y perdre. Ange du mal déguisé en cordon bleu ou en tueur à gages flapi, ce sont décidément des gens comme vous et moi, des monstres candides en proie à leur plus chère folie

Pour ma part : je relève la phrase qui résume parfaitement bien ce livre, se perdre pour se retrouver sans doute, mais fuir loin est-il suffisant pour trouver notre destinée, fuir suffit-il pour s’échapper tant qu’on ne s’est pas trouvé soi-même :

“ça nous a amené ici, ton envie de voir ailleurs si tu y étais “

Cette histoire est courte et pourtant elle vous emporte loin très loin dans les méandres psychologiques d’un père qui ne cesse de fuir… 

Loin... Il n'y avait jamais été. Il se demanda à quoi ça pouvait ressembler. À rien, sinon, ça ne serait pas si loin. Loin, tout est différent, incomparable, un découverte de chaque instant. Une Ferrari incandescente avait surgi de nulle part. Le déplacement de l'air lui avait coupé le souffle. Ce type-là devait aller loin, vraiment loin... “

les personnages sont peu nombreux mais très forts, avec son talent, Pascal Garnier arrive à nous faire sourire malgré la tragédie de l’instant, des petits clichés semés ici et là qui détendent l’atmosphère et qui donnent encore plus de force à ses protagonistes.

Ou alors, il sème des phrases qui font des soubresauts dans la lecture :

“ Dire que les alpinistes s'éreintaient à gravir des sommets pour dominer le monde alors qu'il suffisait d'un verre grossissant pour arriver au même résultat.”

“ Un jour, il faudrait bien inventer le ciseau à couper les ficelles, toutes les ficelles, celles qui nous lient étroitement les uns aux autres et abolir du même coup la loi de la pesanteur”

J’aime beaucoup son style, que je ne pourrais définir tant il est si particulier, et il serait dommage de le classer dans un genre d’ailleurs qu’elle est donc cette manie de classer les auteurs dans telle ou telle catégorie ?

C’est de façon naturelle et déconcertante que l’histoire bascule en douceur vers une destinée inattendue et beaucoup plus noire et pourtant on ne ressent aucunement cette atmosphère glauque des polars, ni tensions ni violence, ni frayeur ni peur… on se laisse glisser par la candeur du style, on dérive sur une barque au fil de notre lecture, que c’est bon …

“ N’était ce pas ce qu’il était entrain de vivre avec Anne, l’ivresse d’une dérive infinie ?

Cependant on tremble pour ce père qui a pris le risque de s’enfuir avec sa fille pas tout à fait nette, bien vite, ce n’est plus le père qui emmène sa fille mais la fille qui surprend son père l’entraînant dans un labyrinthe impossible d’incroyables scénarios… mais ne révélons pas tout le roman, laissons encore une invite à ouvrir ce livre de Pascal GARNIER surprenant, plaisant et original.

L’écriture est douce, poétique j’aime beaucoup son style si harmonieux,  tout en vous chatouillant par son humour, et puis vous pique de tant à autre,  réellement un auteur qui ne cesse de me surprendre agréablement. 

je vous laisse avec les cerf-volants espérant que de là-haut Pascal nous sourit , il a posait son point final et déjà il nous manque …

“Des cerfs-volants virgulaient dans un ciel si limpide qu'on pouvait en voir le fond.”

un article chez Télarama

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