Quatrième de couverture

« Rien ne doit gâcher la journée qui s’ouvre, telle une fleur fragile et rare. Le temps s’écoule seconde après seconde et il devient précieux. 9 heures 05. »

Ce matin-là, Emmanuelle a décidé de tout envoyer promener : enfants, mari, travail… et de prendre sa journée. Pour elle, pour vivre quelques heures de liberté absolue. Et pour lire le roman qu’elle vient de commencer et que nous découvrons avec elle : la confession d’une photographe, une passion fulgurante, des images de guerre.

Elle marche dans Paris, obsédée par cette femme qu’elle ne connaît pas mais qui touche en elle ce qu’elle a de plus intime, des peines assourdies et des amours non vécues. Son errance se double alors d’un voyage intérieur à travers les fragments d’un passé soudainement libéré.

Après le succès de son premier roman, En retard pour la guerre, adapté au cinéma sous le titre Ultimatum, Valérie Zenatti s’impose ici en romancière à l’écriture vive et subtile.

Traductrice d’Aharon Appelfeld, Valérie Zenatti est aussi auteur de livres pour la jeunesse, dont Une bouteille dans la mer de Gaza.

Mon avis

Un roman qui résonne en chaque mère de famille, combien on peut que comprendre ce besoin d’évasion le temps d’une seule journée, rien que pour soi, à soi, sans contraintes ni obligations, un espace temps à vagabonder comme bon nous semble sans devoir rendre des comptes à qui que ce soit, sans culpabiliser, sans qu’on nous montre du doigt parce que ceci ou cela… j’ai complètement collé au personnage de ce roman, cette envie de s’enfuir devenir soi, se vider de tout, se libérer de ce poids qui pèse sur les épaules d’une mère de famille, cette envie de reconquérir notre temps libre, savourer cette ivresse de liberté, ce besoin de jouir d’un espace vide d’horaires à surveiller et surtout ne pas rater. Couper les fils qui nous retiennent, nous tiraillent, et nous étranglent parfois, un peu comme la phrase de Pascal Garnier “inventer un ciseau à couper toutes les ficelles”, j’aimerai inventer moi aussi ce ciseau qui nous couperait le temps d’une unique journée de tout, laisser s’envoler le cerf-volant libre dans l’immensité du ciel à chahuter avec les nuages, sans qu’on tire par le bas pour nous obliger à suivre une ligne de conduite irréprochable.

l’auteur nous conte l’histoire de cette mère de famille, Emmanuelle qui endosse le rôle de mère de 3 enfants, d’épouse et d’employée, quand un jour au bord de la limite d’un ras le bol, elle succombe à cette envie de s’offrir un espace pour apprécier la journée en douceur, prendre le temps, sans être bousculer, une journée face à elle-même.

En parallèle, Emmanuelle nous livre l’histoire du livre qu’elle emporte avec elle, comme Lila, les souffrances de l’enfance, la perte d’un être cher, ont marqué à jamais d’une profonde blessure ces deux femmes. Tout le long de cette journée, elle dévoile ses douleurs d’avoir perdu sa maman à 10 ans, sa meilleure amie décédée d’un cancer, ce vide béant que rien ne comble car une maman c’est irremplaçable, car l’oreille d’une amie c’est unique, ni même un mari, ni même ses propres enfants pourront palier à ces absence creusant des brèches où s’engouffre la solitude - ce vide béant, glacial et noir-.

En parfaite harmonie, cette histoire nous colle à la peau, tout comme Emmanuelle, envie de s’enfuir avec le livre de Valérie Zenatti, le lire tranquille dans un coin quelque part, envie de faire le point sur notre condition de mère de famille, envie de pouvoir choisir d’assumer à la fois ce rôle et à la fois de respirer en diapason de nos passions, simplement un lisant un livre, déjà tinte dans l’écho de votre vie, un chant d’interrogations. Elle, Emmanuelle a tiré profit de l’histoire de Lila, cette parenthèse lui a permis de faire le point et de savoir ce qui était primordial dans sa vie de femme, il est sans dire qu’elle renoncerait pas à sa famille, mais elle a décidé de s’autoriser à choisir tout simplement son chemin. Je ferme la parenthèse, et je vous autorise vous-même à vous plonger dans ces âmes soeurs, vous en tirerez certainement une belle leçon.

C’est un roman prenant que j’ai  bu comme un aveu de femme à femme, de mère à mère, quelque part Emmanuelle, c’est nous, vous, cette vie trépidante qui nous assaille, nous engloutit, nous écrase… un besoin de dire : STOP !

Coup de coeur superbe, ce livre est devenu papillon ( je rappelle les livres papillons sont mes post-it que je sème au fil de ma lecture, tous les passages qui me touchent ou m’interrogent)

Trop d'extraits à vous écrire je vais me contenter de quelques-uns

Page 52 :”c’était donc sa vie, la vie : un regard écrasé par l’obscurité et traversé par la lumière ; le sentiment d’être relié  à ce qu’on ne peut pas toucher mais que l’on voit, que l’on ressent.”

Page 64 : Rien ne doit gâcher la journée qui s’ouvre, telle une fleur fragile et rare. Le temps s’écoule seconde après seconde et il devient précieux; 9 heures 05. Elle guette un projet plus fort que les autres qui guiderait ses pas. Ils sont mille à se bousculer. Terminer ce livre d’une traite. Aller au cinéma, au café, dans une librairie. Marcher et chercher le regard des hommes. Suivre des gens. Prendre un train. ****C’est le vertige des élèves qui font l’école buissonnière …

Page 91 : “Voici ce que tu es devenue. Une prisonnière obligée de mentir pour vivre quelques heures de liberté. Emmanuelle resta figée, mal à l’aise face à cette apparition, une colère sourde coincée dans la gorge, dirigée vers la petite fille au visage impassible. Oui, c’est moi. Je croyais que tous les chemins mènent à soi.”

Page 99 : “Plus encore que le manque de sa mère, elle avait le manque de la peine qu’elle aurait dû ressentir. La petite fille assise à l’avant de la voiture sur une route en lacets s’était enfuie en emportant son chagrin, et Emmanuelle ne savait pas où la chercher. “

Page 104 : “Elle relit ces mots qui lui offrent une autre vie, plus libre, reliée au vaste monde, à ses palpitations, aux seules vraies raisons de vivre, l’amour et l’art. Une vie qui tient ses promesses de richesse et d’intensité. Elle voulait arriver au bout du livre, et dans le même temps elle voudrait qu’il ne s’achève jamais;, qu’l reste une histoire dans laquelle elle a pris place et qui lui donne depuis hier le sentiment qu’un sang nouveau coule dans ses veines, le sang de Lila Kovner qui n’a peut être pas eu une vie heureuse mais qui l’a vécue si intensément, qui a su ce qu’était l’amour, ce qu’était la guerre. “

Page 170 : “elle voulait désormais vivre sa vie avec la sensation de la terre mouillée après la pluie, fraîcheur et promesse s’élevant dans la brume”

Le titre de ce livre m’a rappelé au bon souvenir de cette sublime chanson “Tu es Mon autre”