http://www.livredepoche.com/photos-couvertures/LgfLivreDePoche/2006/9782253132707-G.jpgLes vagues de Virginia Woolf extrait du recueil romans & nouvelles, j’avais lu “La chambre de Jacob”

Présentation de l'éditeur

Publié en 1931, Les Vagues se compose d'une succession de monologues intérieurs entrecroisés de brèves descriptions de la nature. Chaque personnage donne sa voix et se retire dans un mouvement rythmé qui évoque le flux et le reflux des marées. " J'espère avoir retenu ainsi le chant de la mer et des oiseaux, l'aube et le jardin, subconsciemment présents, accomplissant leur tâche souterraine... Ce pourraient être des îlots de lumière, des îles dans le courant que j'essaie de représenter ; la vie elle-même qui s'écoule. "

un peu plus par ici


Dès l'ouverture du roman, nous sommes emportés par une vague, de poésie, de fantaisie très typique de Virginia Woolf. Un enchevêtrement de phrases, de pensées, des images, et tableaux où chaque mot est choisi avec soin, qui répercute le suivant dans une déferlante de phrases des plus savoureuses.

Vous parler de ce livre me semble une gageure, plus encore ce titre là, où il faut suivre les dialogues des uns et des autres, une bande d’amis qu’on retrouve successivement à des époques de leur vie : l’enfance, le temps du lycée, adulte… Aucune monotonie dans ce récit bien que chaque personnage expose son ressenti face à une situation, et ce qui est plaisant ce sont les opposés du moment selon le personnage. L’un est plein d’enthousiasme, alors que l’autre se morfond pour ne donner qu’un exemple, car le roman est truffé de petites choses qui semblent insignifiantes mais gonflent les unes aux autres pour nous offrir une vague déferlante d’une force littéraire extraordinaire. C’est une lecture qui nous transporte dans un monde quasi onirique, évanescent, où rien n’est réellement palpable tant les personnages que les lieux et encore moins le temps, tout nous parvient d’une façon étrange, on se laisse emporter par cette vague, bercé par les mots, c’est doux et enivrant.

Un livre que je relirai de tant à autre juste pour le plaisir des mots, de la poésie.

Ce titre est le 3ème roman que je découvre et il est au top 1 pour l’instant, j’ai lu en numéro 2 : Promenade au phare que j’ai bien aimé mais moins emporté que celui-ci, le billet suivra tantôt. J’ai lu aussi quelques nouvelles du recueil mais manque de temps pour tout mettre.

Pour les gourmets de nectar fin et subtile de littérature, osez si ce n’est pas encore fait la découverte de Virgina Woolf.

Du coup, tellement enchantée par sa plume que j’ai acquis deux autres livres d’elle, mais aurai-je le temps de les lire avant la fin du challenge c’est moins sûr, qu’importe, ce challenge de MyLouBook fut pour moi une révélation, merci à elle pour cette belle initiative.

Challenge Virginia Woolf


Extraits choisis parmi une foule retenus, un roman papillon

Page 819 : “pourquoi penser dans un monde où l’instant présent existe ? dit Neville. Rien ne devrait recevoir un nom, de peur que ce nom même le transforme; Abandonnons pour un instant ce spectacle de beauté, cette berge, et moi-même, au pur plaisir d’exister. Le soleil est chaud. Je vois la rivière. Je vois les arbres tachetés et brunis dans la lumière automnale. Des bateaux voguent sur fond rouge, sur fond vert. Très loin, une cloche sonne, mais ce n’est pas un glas. Il y a des cloches qui vibrent en l’honneur de la vie. une feuille tombe, pâmée; oh ! comme j’aime la vie !”

Page 827 :” tous les excès sont vains : j’ai en face de moi la moyenne, la médiocrité. En attendant, les chapeaux s’inclinent et se relèvent ; la porte s’ouvre et se ferme. J’ai l’impression d’un flot désordonné, je me sens annihilé, désespéré. Si c’est cela la vie, elle ne vaut pas d’être vécue. Et cependant, même le petit restaurant a son rythme. On dirait un air de valse, tournant, tourbillonnant sans fin. Les serveuses balançant des plateaux entrent et sortent, tournent en rond, présentent des plats de légumes, de comporte d’abricots et de crème à la vanille, au moment qu’il faut, au client qu’il faut.”

Page 833 : “ je sens mille possibilités naître en moi; Je suis tour à tour espiègle, gaie, languissante, mélancolique. J’ondoie, au-dessus de mes profondes racines. Penchée à droite, toute dorée, je dis à ce jeune homme : “Approche.” puis, me penchant à gauche, devenue toute sombre, je dis à cet autre : “non.” Le jeune homme appuyé à la console sort de son immobilité; il approche; Il vient vers moi. C’est le moment le plus excitant que j’aie encore vécu. Je frémis, j’ondule. J’ondoie comme une plante flottant dans la rivière, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, mais solidement enracinée sous l’eau, de sorte qu’on peut s’en approcher sans crainte que le courant ne l’emporte.”

Page 939 : “Mais à quoi bon aligner ces phrases qui s’enchaînent, quand la seule succession est celle d’un râle, d’un aboiement du cœur , Et tau boute de quelques années, on aperçoit dans un restaurant une femme mûre qui ôte son manteau.

- Mais revenons à nos moutons. Tâchons de croire que la vie est un objet solide, un globe que nous pouvons faire tourner sous nos doigts. Tâchons de croire qu’on peut en faire un récit simple et logique, en finir avec l’amour, par exemple, et passer au chapitre suivant. Je parlais d’un saule. La retombée de ses branches pareille à une chute d’eau, son écorce rugueuse et ridée paraissaient à jamais extérieures à nos illusions, et, bien que son aspect fût parfois modifié par nos rêves, cet arbre gardait une stabilité, un calme, une certitude qui manque à nos vies.”