Longue sécheresseLongue sécheresse
Quand il se lève à l'aurore pour aller voir les vaches à l'étable, Gareth s'aperçoit que l'une d'elles, sur le point de vêler, a disparu. Il part à sa recherche au moment où commence une nouvelle journée de canicule implacable. Ses soucis le distraient de son but : l'avenir de ses terres, les migraines de sa femme, qui semble s'éloigner de lui, son désir toujours vif pour elle. Dans la chaleur qui croît, Gareth se surprend à chercher bien davantage qu'une simple vache perdue. Avec une clairvoyance profonde et sur un ton élégant, Cynan Jones donne la parole aux survivants d'un ancien monde qui exaltent beauté et la puissance de leur terre face aux brusques changements de leurs conditions d'existence. Il livre ainsi une histoire sensible et déchirante portée par une langue empreinte de nostalgie, de sagesse et d'amour.


Un très beau récit qui nous invite à cheminer auprès de ce fermier en quête de sa vache perdue. Plusieurs tableaux nous sont offerts, celui de sa fille m’a beaucoup touchée, de sa femme, son fils et puis celui de son père qui se superpose à sa propre histoire.

C’est une lecture douce dans un cadre qui flaire bon la campagne, l’authenticité et la simplicité de vivre paisiblement tout en supportant les blessures humaines. Des scènes très touchantes voire cruelles dont j’ai du passer très vite évitant de mettre à mal ma sensibilité (scène des lapins par exemple).

La plume est agréable et la construction originale passant d’un personnage à un autre , mais tout s’enchaîne avec naturel, et je ne sais comment définir cette lecture qui m’a plongée dans une atmosphère à la fois zen et troublante; je suis ressortie de cette histoire un peu étrange mais très détendue. Un livre qui sort de l’ordinaire et qui m’a touchée par ce récit très humain, sans compter l’amour des bêtes qui semblent tout aussi important que celui des hommes.


De très beaux passages à retenir, puisque c’est la vache qui est à l’honneur, laissons lui la parole :

Page 86 : La vache partit se promener. Elle se leva pendant la nuit et se mit à marcher, et quand le soleil pointa, elle était lente et fatiguée, mais bien loin de la ferme, pour une vache. Simplement, elle n’avait pas envie d’être dans l’étable. […} Elle était pleine d’un veau. Ce n’était pas la première année, elle savait donc ce qui lui arrivait et comprenait le veau, mais la chaleur lui avait déplu, ou autre chose, alors elle était sortie de l’étable. Son pis, merveilleusement lourd de lait, était égratigné par les épines, et les mouches qui la suivaient se posaient sur sa peau tiède et autour de ses yeux, aussi devait-elle remuer la tête pour les chasser.

Cette recherche de la vache va le replonger dans ses souvenirs de son enfance, celui de ses parents nous ouvrant une fenêtre vers de belles pensées :

Page 98 : le souvenir lui revient en force, avec ce goût très fort ; il remonte très distinctement du fond de lui-même. C’est comme les sentiments, ça. Les souvenirs et la vraie tendresse sont sous la surface, comme des réservoirs immobiles attendant qu’on y puise. C’est facile, il le sait, de cueillir à la surface de ces choses, comme si on plongeait délibérément un seau dans l’eau : on peut rappeler ces choses-là. Mais lorsque le souvenir vient sans être sollicité, hors de votre contrôle, déclenché par un parfum dans l’air, une peur, il peut vous frapper par sa profondeur, que vous portez en vous tout le temps.

[…] nous devons admettre notre amour immense pour les gens. Si nous n’avons jamais besoin de connaître sa profondeur, nous ne ferons que sentir la lumière à sa surface.


Ne vous privez pas de ce moment détendu, doux et paisible. Un court récit chargé d’amour, de naturel et d’humanité.

Un grand merci à bob 50030192_pet toute son équipe ainsi qu’aux éditions Joelle Losfeld pour cette belle lecture.