“Je cherche l'or du temps”- André BretonDans l'or du temps

Présentation de l'éditeur

Un été, en Normandie. Dans une maison en bord de plage, un jeune couple et leurs jumelles s'installent dans leurs vacances. Jeux de plage, baignades et promenades tissent le quotidien des jours. L'homme,
cependant, s'échappe de plus en plus souvent pour rendre visite à une vieille dame singulière, Alice Berthier, rencontrée par hasard. Sa maison, derrière un portail envahi de lierre, semble figée par le temps. Des fétiches sacrés, livres, photographies, s'entassent dans les armoires, toute une mémoire liée à une tribu indienne, les Hopi. Dans un jeu de conversations fascinantes,
Alice va distiller des pans de son histoire : son voyage, adolescente, en Arizona, dans le sillage d'André Breton, la fascination des surréalistes pour la culture sacrée des Hopi. Mais, de visite en visite, alors que l'homme
semble pris au piège de cette rencontre, Alice va progressivement révéler le secret de sa vie.


Voici un extrait qui reflète tout à fait l’esprit de ce livre, le ressenti même que j’ai eu en le lisant, un effet remarquable qu’a su retranscrire l’auteur en nous livrant ce beau roman.

“Il y a tout ce que nous comprenons, tout ce que nous sommes capables de transcrire en essayant d’être au plus près. Et puis il y a le reste. Tout le reste. Le monde des apparences, des silences. La vastitude de l’innommable.
Ce monde est intranscriptible. Il répond à une autre logique. Parfois même, il n’a aucune logique.
Il faut décoder.
Le déplacement imperceptible. Sans doute est-ce là ce fameux pas de côté cher à André Breton. La juste mesure à prendre pour avoir une vision différente.
Un pas peut suffire. “


Le titre comporte une attirance particulière rappelant l’épitaphe d’André Breton, citée plus haut, il vous fait rêver avant même d’avoir lu un seul mot. Il y a comme ça des livres qui vous submergent et vous plongent dans un drôle d’état. Tout comme notre héro de ce roman, qui est attiré comme un aimant dans la demeure d’Alice, femme âgée, le rudoyant et à la fois le piégeant avec son histoire, celle de son père, d’André Breton exilé durant la seconde guerre mondiale.

Alice nous ouvre les portes sur la culture Hopi, et détourne ce père de famille de sa femme. On ressent la faiblesse le gagner, délaissant de plus en plus sa maison pour se réfugier chez Alice, qui  organise des escapades ici et là, accaparant ainsi son temps libre. Et doucement, vient les confidences d’Alice. Jusqu’au bout, l’auteur nous tient enchaîné à ce drôle de couple que forme Alice et cet homme sans nom qui boit ses mots. Anna sa femme, lui demande à plusieurs reprises ce qui l’attire chez elle, ce qu’elle lui apporte que elle-même ne peut lui donner. Interrogation que toute femme est en droit de se poser quand un homme délaisse une femme pour une autre c’est forcément qu’il y trouve autre chose.

L’écriture n’est pas toujours poétique, mais c’est l’atmosphère qui se dégage de cette histoire qui nous subjugue tant et si bien qu’on ne peut guère lâcher le livre avant la fin. On retrouve toute la magie de Claudie Gallay, des personnages auxquels on s’attache, plus envie de les quitter, mais envie d’intervenir dans l’histoire, d’en connaître la profondeur et la matière.

Par moments l’homme se reprend, et reste avec sa famille savourant cette vie tranquille et bien rythmée, regardant sa femme dans toute sa splendeur, chérissant ses filles, jouant avec elles, puis revient en force cette attirance vers cette demeure où se cache bien des mystères et des légendes que lui conte Alice, entourée de sa sœur Clémence, et de ce chat Voltaire, dans le jardin la présence d’un enfant qui semble juste invisible aux yeux de tous, et cette armoire emplie de souvenirs, ses pièces sans électricité, cette table figée dans le temps d' un certain Noël… Tous ces personnages, ces faits,  rendent l’ambiance en apesanteur,  Alice orchestrant si bien ce petit monde, sachant nourrir le suspense de jour en jour.   

L’histoire est entrecoupée par ce pan de la vie d’André Breton, nous voguons sur une double dimension spatiotemporelle de la Normandie actuelle au sein du peuple Hopi des années 40 en Arizona. 

Une lecture prenante, intéressante, passionnante… le secret d’Alice sera dévoilé qu’en fin de roman.

C’est une lecture qui nous emporte comme la pensée des Hopi qui va au-delà du visible, c’est troublant.

Une écriture par moments très hachée, des phrases simples et courtes dégageant cependant une rythmique et une ambiance particulière.

J’avais aimé “les déferlantes”, je crois que celui-ci me plait encore plus.

Ce livre est une belle occasion pour nous plonger à la fois dans la culture hopi et redécouvrir André Breton

Une petite visite ici pour découvrir la collection d’André Breton, et notamment ce masque qui fait partie de l’histoire de ce livre. Clic ici