Les hommes sirènes de Fabienne Juhel
“L’horizon n’est plus qu’une fente jaune où se déverse l’encre noire du ciel qui s’étire, s’enfle et se répand sur les jardins des hommes.”

C’est un livre dont j’ai presque honte de vous parler, tellement la qualité est extrême et ma piètre qualité de raconter un roman se dissout dans l’ombre. Alors pardon à l’auteure si mes mots ne sont pas à la hauteur de votre talent.
J’ai adoré ce livre, la plume, et l’histoire, l’architecture, les personnages, l’évasion, les lieux, les métaphores, la poésie, la dentelle des mots et la saveur des phrases qui fondent en délice, les formes et les miroirs, les contes et les vérités blessantes…
Ce genre de livre dont j’aime lire, découvrir, et jubiler à chaque page, c’est un vrai régal, où l’originalité devient presque magique, ou l’écriture devient musique…
Mais je sais aussi que les livres atypiques au même titre que la poésie, ils dérangent, que les esprits bien carrés ne trouveront aucun contentement parce que ces lecteurs s’attachent à des détails sans importance à des valeurs bien posées, à une littérature structurée et habituelle bien huilée … et moi j’aime dans une lecture, tout ce qui peut bousculer, interpeler, mais aussi nous emporter ailleurs vers un impossible rêve, nous offrir un nouveau paysage.
Dans ce livre, vous croiserez des loups, des Ténébreux et le couple alpha, l’Homme aux livres, un enfant cendrillon, un sorcier, un crémier, une maison aux 113 fenêtres, une forêt et des dogues, un métis et son fils, une fille qui sent le géranium, … et ce terrible poids que l'homme porte, devenant ce caillou mué en un caillot qui devient le prétexte pour partir sur son chemin. Un tracé vers son passé, le menant vers un nouvel avenir.
C’est un livre qui ne peut laisser indifférent de par son écriture, et sa construction, même si l’histoire a un côté noir, mais il y a là une sagesse à cueillir dans la poésie et les personnages d’Eugénie, du sorcier et pour finir Suzanne qui boucle l’histoire.
Un roman, qui chantonne la souffrance portée en soi, percutant ce besoin de connaître ses origines, où transpire ce besoin d’amour que l’enfant doit recevoir, cette tendresse que les ténébreux ont porté sur les loups et les dogues plutôt que sur Antoine (l’homme). C’est comme une sculpture se brisant sur le pavé de la blessure, et avec toute la patience du temps, l’enfant puis l’homme ramasse les morceaux, tente de les ajuster pour se construire, lui, Abhra, l’indien.
Splendide, magique, merveilleux, délicieux, tant d’adjectifs pour définir ce livre.
Pour vous mettre un extrait, me voilà bien pris au dépourvu, tant tout m’a plu de la première majuscule au point final.
J’ouvre le livre au hasard, page 159 : “L’eau attire l’homme. Elle lui renvoie son image fragile, chahutée par les frisures de l’onde que parcourent les grandes pates fébriles des araignées d’eau. Sa course lui a asséché la gorge. Du sable roule contre l’émail de ses dents. L’homme s’accroupit, lorsque le puma saute sur la berge et lui adresse la parole…”
Page 247 : En attendant, il triture l’aventurine, machinalement . Il se dit qu’il n’a plus rien à en tirer, qu’il serait inutile de la faire rouler sur le sable, elle s’y enliserait. Cristal de roche rendu au sable des origines. Tout ce chemin pour ça. Me voilà au bout du rouleau, il pense. Pourtant, lui, vivant, il ne peut s’empêcher d’espérer un signe. Et ce signe est juste à côté de ses pieds. Cette bouteille de lait que l’homme ne voit toujours pas , par exemple. Depuis le temps qu’il est cet homme qui marche,, il devrait pourtant savoir où il met les pieds.”
Page 86 : Parce que le Sorcier n’ignorait pas qu’il suffisait de quelques convulsions du cerveau pour que le tracé s’arrondisse, se délie, que des boucles se forment,que les lignes se verticalisent. Il savait le sillon de l’enfant sécable.Quand l’enfant eut noirci une page entière, les premiers mots avaient commencé à vouloir naître, reliés encore au cordon ombilical de la ligne brute. Cela parlait d’épis de maïs, de tiges oubliées parles machines d’octobre. Plantées à l’oblique dans le sol meuble, elles ressemblaient à des lances d’Indiens.”
Une lecture comme une étoile pour contempler la beauté de ce roman sans s’offusquer des ténèbres de la nuit.
Si vous aimez les livres qui vous changent des romans bateaux, si vous aimez les belles plumes, ce livre est fait pour vous.
Un grand coup de coeur pour ce livre ! Et un immense merci à toute l’équipe de
de me l’avoir décerné lors de l’opération de masse critique, et tous mes remerciements aux éditions du Rouergue. A Fabienne Juhel : merci de nous avoir offert un moment de lecture sublime et inoubliable…
Un livre du presqu’hasard, je suis comblée et heureuse d’avoir lu cette auteure dont je compte bien lire les 3 précédents livres. Un livre qui rentre d’office à mon anti-challenge avec un gros coeur…

une vidéo de son livre récompensé
Découvrez Fabienne Juhel récompensée au festival Etonnants voyageurs sur Culturebox !
Commentaires sur Les hommes sirènes de Fabienne Juhel
- @ Anne, tu devrais te plonger de suite dedans bien que celui que tu nommes je ne le connais pas mais je suis certaine que la plume doit être égale; à ce nouvel opus
@ Clara, oh oui, j'espère qu'il te plaira autant que moi...
@kathel, je suis heureuse que j'ai pu susciter l'appétit avec ce livre.
@ Ys j'ai aussi entendu cette émission, toujours intéressant d'entendre diffrérents sons de cloche, malgré tout, il y a toujours des mécontents dans ce genre d'émission qui ont toujours le pompon pour nous mettre en garde ou éveiller notre méfiance... parfois je préfère me faire ma propre opinion avant d'écouter cette émission bien que je l'apprécie beaucoup aussi;
@ lystig, à découvrir absolument !
@ antigone, d'après la vidéo, elle semble très simple, abordable voire même réservée, je suis sûre que sa plume te plaira aussi n'hésite pas une seconde
@ Griotte, alors je t'en souhaite une belle et bonne lecture



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