Les reliques - Jeanne Benameur

 

 

Un camion de cirque débarque un jour de neige trois hommes sur le bord d'une route : Hésior, le magicien, Zeppo, le clown, et Nabaltar, le soigneur de fauves. Ils vivent là, dans une ancienne cabane de chantier, en désaccord avec le temps. Mira, leur amante est morte. Que subsiste-t-il de cette trapéziste extraordinaire, qui leur permettait l'envol sur terre ? Des ballerines usées, une dernier costume de scène, précieusement conservés dans un coffre : leur trésor. Avec ces restes, les trois amants fabriquent de fausses reliques de la femme aimée et les enfouissent au pied d'une église ou d'un arbre, parfois d'une maison... D'une plume délicate et visionnaire, Jeanne Benameur restitue l'univers de trois hommes en marge de tout, unis par un amour fou, sauvage, tout-puissant pour une même femme. Par la grâce d'un imaginaire brûlant, ils mettent en scène leurs propres rituels contre la mort, touchant en nous une dimension sacrée et archaïque de l'amour humain...

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Un petit livre troublant, chantant, prenant, dans un univers en dehors du temps. Trois hommes aiment une même femme, Mira, trapéziste, morte dans l’art de son métier, dont je tais la cause et la raison. Le drame, la perte, l’absence, la douleur. Une étoile du cirque s’éteint et c’est toute une vie qui s’écroule.

La plume de Jeanne Benameur, est un enchantement, son histoire est pour moi, comme un conte, tragique certes, mais un conte par son architecture et sa poésie.

Qu’y a-t-il après l’amour ? qu’y a-t-il de plus fort que l’amour ?

Trois hommes liés par une même femme, enlacés par cette absence cruelle, le souvenir abreuvant leur vie, qu’est-ce la vie ? “la vie tourne entre leurs doigts. Que reste-il d’une femme qu’on a aimée ? “

Mira, femme de l’air, un souffle, aimante et aimée “Mira était une femme de l’air. Faite pour s’envoler. Depuis toute petite, Mira au cirque n’avait d’yeux que pour les trapèzes. Ce fut la plus extraordinaire trapéziste que le cirque connût. Seule. Toujours seule. Là-haut, elle avait réussi à devenir un souffle qui passe. Quand elle redescendait, elle n’avait plus de visage. Juste un corps. Mais elle n’habitait plus rien. Elle n’habitait plus sa peau. Arrêtée. Comme la montre d’Hesior : un désaccord. Vivant. Et le désaccord peut punir. Voilà l’étrange.”

Le drame surgit, les trois hommes réagissent à leur façon, le cirque les abandonne à leur sort. Qu’importe, le cirque sans Mira, n’a plus de raison d’être, ils se consument dans leur souvenir, avec leurs reliques.

Je ne peux hélas vous en dire trop, le livre est court et toute l’intensité de l’histoire si subtile, qu’il serait dommage de révéler toutes les couleurs de ce livre splendide. Les personnages sont tout aussi atypiques, et le dénouement de l’histoire troublant. Les sujets abordés d’une façon originale, cet amour partagé, cette passion dévastatrice, cruelle qui porte souvent à des gestes fatidiques.

J’ai adoré ce livre, malgré le ton tragique, mais le style est un vrai bonheur, j’aurai souhaité qu’il dure encore un peu, mais c’était sans compter sur les tours de nos artistes, un petit tour et puis s’en va…

Ephémère illusion, lecture douceur, il ne reste que le frémissement de l’émotion quand le livre se referme sur cette tranche d’imaginaire. 

“ Un jour, quelqu’un découvrira leur trésor. Quelqu’un frémira à son tour. Le front posé dans la poussière ou levé au ciel, la prosternation aura lieu. Et Mira sera vivante. Encore et encore. Ce sera le plus beau numéro du monde. Les artistes auront disparu; Sans chapiteau, sans clocher. Ce sera le jour ou la nuit. Peu importe. Il n’y aura plus d’horloge. L’extraordinaire numéro aura lieu.”

 

 “Alors il va seul.

Alors il va loin.

Nabaltar marche. Sans chercher à savoir où ses pas le mènent. Parfois il traverse un village. On s’écarte. Et les chiens n’aboient pas.

Il fait craquer le silence des hommes sous ses semelles.

Il a toujours effrayé ceux qu’ils croisaient. Une habitude. Sauf Mira. Elle, elle venait le regarder quand il donnait à manger aux bêtes. Elle restait toute droite devant les barreaux des cages. jamais personne ne l’avait regardé ainsi. Toute sa force pour elle. Pourquoi. Pourquoi les abandonner ? Eux, ils avaient tout accepté. Tout. Sans question.

parfois la peine est trop forte. A nouveau elle le prend, dans la nuit toujours. Le corps s’échappe du sommeil comme un sac trop lourd tombe des mains. Rien ne le retient. Il tombe. C’est la conscience abrupte de la nuit.

Voilà. Plus jamais Mira dans ses mains. Plus jamais son regard dans le sien, où elle se balançait, le rendait léger, lui, enfin. “

Je vous laisse sur ces mots, laissez vous tenter par la magie de Jeanne Benameur.

Un livre et une auteure qui rejoignent mon anti-challenge. logo antichallenge