Et tu comprends soudain la femme verticale

Et tu comprends son  désir d’horizon (Marc Delouze)

Lucy La femme verticale d'Andrée Chedid

Que cherche-t-elle à nous transmettre, notre ancêtre Lucy, à travers l'énigme et les brumes de ces trois millions d'années qui nous séparent ? Saurons-nous l'entendre ? En se mettant debout, à la verticale, cette petite créature simiesque annonce, pas à pas, une aventure prodigieuse, inattendue, qui ouvrira la voie à toute l'humanité. Une confrontation entre cette Lucy du tréfonds des âges, et nous - homme ou femme-, au seuil du deuxième millénaire, mènera-t-elle à un de ces crimes dont l'espèce humaine est coutumière ? Un face-à-face avec l'Autre, à la fois tragique et tendre, violent et complice, sera l'enjeu de cette fable, de ce récit.

 

 

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Page 39 : Notre aventure commence il y a des milliards d’années. Une explosion rompt l’immobilité, repousse l’obscur. Les astres prennent place. Les océans se déversent. Les continents s’ajustent.

Andrée Chedid a tout le long de sa belle carrière, su nous éblouir par sa plume, toujours nous émerveiller par sa particularité à nous livrer des ouvrages hors du commun de part sa poésie et son ingéniosité de manier le verbe dans toute sa splendeur. Au commencement sera le verbe !

Dire l’essentiel pour aller au coeur du sujet !

Avec ce titre, elle nous conte ou nous interroge sur ce mot “humanité”, en allant à la rencontre de nos origines par le biais de Lucy, mère de nos mères. Avec tous les doutes, les craintes, son grand sens de philosopher sur l’humain, Andrée Chedid nous bouscule vers l’abysse du temps, nous entraîne vers une réflexion, si on pouvait arracher le germe premier de cette fleur “humanité” avant qu’elle ne devient un torrent d’ignominie ou doit-on garder l’espoir en la vie et la laisser aller par les chemins de l’avenir devenir ce qu’elle est et qu’elle sera…

Le livre se découpe en trois parties :

- L’appel : c’est la rencontre avec Lucy

- Le crime : l’envie de tuer le mal à l’origine avant la décadence

- Le désir : réflexion, ai-je vraiment envie de voir disparaitre cette humanité, laissons lui une chance de nous surprendre une fois encore !!

Au-delà de ces trois parties, vous irez sur des chemins dont seule, Andrée Chedid sait nous offrir, la poésie telle qu’elle la concevait, l’humain si cher à son coeur, ce besoin de croire à l’avenir, meilleur il va de soi.

Page 15 : J’aborde, par ta voix du deuxième millénaire, ce bizarre récit. A travers cette voix que tu me prêtes, je débroussaille et me taille passage vers une histoire qui m’épouvante et me séduit.

Beaucoup beaucoup de belles réflexions qu’elle ne nous impose aucunement mais qu’elle effleure pour mieux nous éveiller la conscience. Un petit livre mais un grand moment de lecture, relecture pour ma part, mais j’aime tellement cette auteure, et ce récit qu’à chaque fois j’y puise une telle sensation d’apaisement et d’espérance par ses mots et sa sagesse.

J’aimerais pouvoir vous convaincre de lire ce récit, rien que pour sa beauté, sa poésie pure.

Le plus vaste de nos pouvoirs n’est-il pas dans l’énergie de l’imaginaire, dans le ressort des signes et des mots ?

J’aimerais savoir vous éclairer sur ce  mot poésie qui fait souvent fuir bien des lecteurs.

J’aimerais vous souffler que les poètes sont des êtres à fleur de peau, et qu’ils ont souvent la capacité à ressentir toutes ces petites choses de la vie pour nous offrir de belles phrases souvent très courtes mais si chargées de bon sens et de lumière.

Depuis l’origine, le monde n’est qu’un vaste chaos qui revient sans cesse entrecoupé d’accalmie là où l’Homme s’est frayé un chemin, parviendra-t-il au bout avant le prochain bouleversement planétaire ?

Page 65 : La malfaçon de l’existence que vous ne cessez de clamer à travers les âges a trouvé en ma personne ses résonances, comme son instrument. Il est vrai que vous avez quelques raisons de vous plaindre ; je dirais même de gémir. Observons le monde ! Comment se présente-t-il depuis son origine , Que nous a –t-il offert ?

Cicatrice géante brisant la croûte terrestre, explosions volcaniques, engloutissement sous les eaux, dispersion de la faune, suppression des premières espèces.. comment concilier l’hostilité d’un univers au paroxysme de la fureur, avec l’énigme de ce même univers qui se porte garant de tout germe de vie ?

C’est pourquoi j’ai choisi de vous présenter ce titre d’Andrée Chedid qui a mon humble avis est tout à fait représentatif de son talent entre poésie et philosophie, conteuse et romancière. J’aurais pu vous présenter le livre par lequel un jour j’ai rencontré Andrée Chedid et depuis je n’ai cessé de la lire : Le message, premier billet sur mon blog, c’est ce livre si puissant qui a ouvert le bal aux pas bien hésitants.  Ce livre fut une révélation, une lumière sur les mots, la poésie s’est ouverte à moi par ce nouveau chemin qu’Andrée Chedid a su m’éclairer.

Page 79 : A travers tous ces actes, tous ces gestes, je vous devine déjà peuples d’abîmes et de rivages, de houles et d’alluvions, d’amour et de sang. Peuples captifs du flux et reflux des passions et des embellies.

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page 93 : Par la grâce de Lucy, j’existerai, tu existeras, nous existerons. J’accèderai au monde et à son mystère. J’accepterai l’énigme. Je consentirai au combat.

Lucy, fait référence il est inutile de vous le préciser à cette femme retrouvée en 1974 , certes ce n’est qu’une image, elle n’était pas très très grande et comment imaginer tout ce chemin parcouru avec la lenteur de notre évolution mais la rapidité de notre décadence certaine vers l’extinction probable de notre race.

C’est tout un questionnement que l’on retrouve à travers Lucy, la femme verticale… Verticale car le seul mammifère qui se tient sur ces deux pattes en permanence pour se déplacer et qui se démarque donc de ses congénères, c’est bien le seul et unique : l’homme ! Maintenant reste à savoir si cette capacité lui confère le droit de supériorité ? Un autre débat.

Ainsi, le titre du livre, vous donne déjà une petite idée, si Lucy n’avait pas eu la force et la volonté de se redresser, est-ce que l’homme serait resté à son état de primate poilu ? Qu’elle aurait été notre évolution ? L’humanité ne serait pas ce qu’elle est, elle ne serait même pas, et notre planète serait peut-être encore pure et saine !!!

Comme quoi, une femme verticale peut changer la face du monde, voilà la réflexion de la deuxième partie, si je supprime ce facteur déclencheur de la marche vers une autre humanité, sauverai-je la planète pour autant, ce qui nous conduit vers la 3ème partie : en ai-je le droit ?

Mais Lucy aussi s’interroge: dois-je me redresser pour marcher vers votre humanité pleine de promesse ?

Page 38 : Dois-je rompre ce lien avec ma lignée ? Entre nos solidarités et vos promesses, où est l’écueil, quelle est la voie ? si j’accomplis le périlleux exercice, qu’aurai-je gagné ? Suis-je une création achevée de la nature, ou une ébauche de vos destins ? Vous, si loin, si loin devant, à des millénaires. Vous, que j’entrevois à peine. vous, que j’appréhende souvent.

Voyez, combien ce petit récit de moins de 100 pages peut induire  mille et une questions sur notre espèce… Etonnant non ! Et le tout sans un mot scientifique rien que des mots bien choisis et toute en poésie.

Page 28 : Tu voudrais saisir la clé de nos parcours. Déchiffrer quelques éléments de ce qui fait la vie. Traduire ce “moi” que je deviens à travers “toi”. Ce “toi” qui contient des parcelles de ce  que je suis. Tu voudrais apprendre, connaître. Tu n’y parviendras que par fragments. Tu chercheras à interpréter, à décrire. Le mystère n’aura pas de fin. L’énigme demeure toujours.

Achevons par ce cri d’espoir : Vois la Vie : nous voilà … Vois combien la Vie nous désire et combien, par milliards, nous lui répondrons.

Merci au  48024500_pd’avoir choisi cet hommage à cette grande auteure disparue en ce début d’année 2011.

« Le corps s'en va, le cœur séjourne», cette épitaphe gravée sur sa dernière demeure, nous rappelle que nous sommes tous de passage, que seul le souvenir reste, et dans nos coeurs nous gardons le meilleur de cet instant un temps partagé.

Andrée Chedid restera ma poétesse de référence celle qui a su mettre à la lumière les mots. 

Sur ce blog voici quelques articles :

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Côté spectacle :

Petit plus si vous êtes dans le coin du 34 à Olargues;  voyez ce que vous pouvez voir et entendre, ce livre prend vie :

Description

Par la Compagnie Théatr’Elles - Lecture du texte D’Andrée Chedid


Tout public A partir de 9 ans


Portés par une éternelle quête d’humanité, les écrits d’Andrée Chedid nous ont accompagnés tout au long de notre parcours, ils ouvrent pour nous une fenêtre sur un horizon de lumière et d’espoir. Dans le récit étrange et poétique d’Andrée Chedid « Lucy…la femme verticale », l’auteure revisitant l’histoire nous propose de découvrir Lucy, la mère de l’humanité. Lucy nous dit ses angoisses et ses doutes, son envie de se rapprocher de nous, enfants du troisième millénaire, de se redresser. Mais la narratrice reprend la parole qu’elle avait cédée à son ancêtre, décide de tuer Lucy pour sauvegarder la planète. Le crime aura-t-il lieu ? C’est l’heure de la rencontre, que va-t-il se passer entre ces deux êtres ? Andrée Chedid
nous offre un face à face tragique et tendre pour remonter à l’origine du monde et peut-être mieux nous comprendre. Jocelyne Carmichael et Nicole Rechain nous entrainent dans ce voyage bouleversant, enivrant. Une introspection dans notre humanité tout simplement magnifique.

Date

Du 06/05/2011 au 17/06/2011
Chaque spectacle se déroule à 18h30