Quinze kilomètres trois. La distance qui les sépare du Cap Blanc-Nez. Cette échappée, c'est leur secret, aux petites. Ce matin, elles fuient l'ennui des jours, un avenir sans promesse. Elles s'en vont, légères. Dans le paysage à la fois brutal et magnifique de la Côte d'Opale, Martine Laval suit les deux adolescentes, espionne de leur désœuvrement et fait entendre d'autres voix - une prof, un cousin, une voisine. Tous cherchent à comprendre le pacte qui les emmène à la falaise.

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Un petit livre mais un concentré d’émotions. Dans la banalité des jours,  une bride de conversation de deux adolescentes de 14-15 ans va bientôt bousculer la quiétude d’un petit village.  Deux gamines qui ont choisi leur destin quelque peu abrégé. Le style est superbe et nous emporte dans une déferlante d’interrogation, malgré la tragédie qui se trame, l’auteur a su faire preuve de douceur et de poésie. L’atmosphère est bien posée, tout semble calme et les deux jeunes filles paraissent sans problèmes majeurs :

De ces deux jours d’attente, de fébrilité silencieuse, peu de chose à raconter. On aurait dit des anges. A la table du dimanche soir, en famille, pas d’orage, calme plat, genre famille je vous aime. Idem, le lundi, au collège. Pas de soupirs, par d’insolences. Du velours pur les profs, soulagés. De l’étonnement, peut-être de la déception, pour les vingt-trois filles et garçons de la classe, pas vraiment des copains, des gosses plus avachis que turbulents, surchargés d’ennui. “

Un mardi matin, le jour J du grand saut, elles vont comme  si de rien vers leur destinée :

“Elles marchent. Leur bout du monde est à quinze kilomètres. Virgule trois. J’ai compté. Elles me bluffent. Comment ont-elles fait pour parcourir ces quinze kilomètres trois cents de collines, de bois, de champs à betteraves qui les séparent du village ? Je les imagine. Je les vois marcher. Elles ont opté pour le lent écoulement des choses.”

Dans un style fluide, le lecteur se glisse dans le récit, comme envoûté. Chaque chapitre donne la parole à des personnages différents, la prof, le cousin, une autre fille, une lectrice et le plus superbe : le paysage. Chacun donnant sa perception des choses, son étonnement du fait.

Une lecture époustouflante, qui nous fait frissonner, trembler. Le mal de notre jeunesse, ne pas trouver sa place ni croire à son avenir, et nous les adultes qui sommes là à laisser croire que tout est possible, mais dans la tête de deux jeunes filles, l’impossible est pour elles le choix le plus simple. Pourquoi ? Question qui revient. Pourquoi, à deux, ensemble, pourquoi là et pas ailleurs.

Une histoire qui bouscule , qui nous laisse dans un malaise sans nom, j’ai aimé le style et la construction de ce récit.

Choisir des morceaux, tout le livre y passerait, j’ai adoré cette écriture, j’opte pour  le paysage :

Je suis le ciel. Je flotte sur la lande, sur la mer. J’enlace le paysage. Je protège la fin du monde. J’ai l’humeur changeante, j’aime les déluges, j’aime le calme. On me regarde. On me scrute. On attend de moi la paix. J’annonce l’hiver, jamais le printemps. Je dessine l’horizon et la faille. Je suis la lumière et l’infini. Je suis l’éternité, celle qui passe sans bouger.

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Martine Laval - Quinze kilomètres trois

 

 

J’ai lu ce livre dans le cadre du club des lecteurs avec Librairie Dialogues que je remercie pour cet envoi.