Une lecture en partenariat avec News book, que je remercie pour ce livre et un grand merci pour l’éditeur Hachette jeunesse pour son envoi

 

 

 

Tant de choses deviennent belles quand on sait les regarder.

Samantha Kingstone a tout pour elle : le petit copain le plus craquant du monde, trois meilleures amies géniales, et une cote de popularité illimitée. Ce vendredi de février aurait dû être un jour comme les autres. Un jour parfait dans une vie de rêve. Mais ce vendredi de février est le dernier pour Sam. Pourtant elle va obtenir une deuxième chance. Ou plutôt six chances. Six jours pour démêler le mystère entourant sa mort. Six occasions de découvrir la vraie valeur de tout ce qui l’entoure.

Ce vendredi est le dernier jour de la vie de Sam. Ou le premier ?

 

***

Je ne connaissais pas ce titre ni l’auteur, n’avais jamais lu un seul article à ce sujet, j’ai répondu à ce partenariat plus pour le sujet qui  frappe tout le monde là ici maintenant demain ou dans fort longtemps, dans tous les cas : un jour sera notre dernier jour.

J’ai eu quelques appréhensions quand j’ai entamé le deuxième chapitre donc le deuxième jour, en réalisant un peu tard que j’allais devoir subir ce type de roman à effet papillon, genre que je n’affectionne pas énormément, cette redondance me donne la nausée, et a le don de m’énerver.

J’ai pourtant poursuivi sans ressentir cette oppression, bien au contraire, bien que les faits peuvent sembler à l’identique, on n’a pas ce sentiment de lire et relire la même journée que Sam va devoir revivre durant 7 jours durant. Bien au contraire, j’ai aimé cette lente métamorphose de cette jeune fille qui à l’image de ses copines doivent s’évertuer à rentrer dans le moule de la jeunesse américaine, et en prime : haïr, ignorer et blesser ceux qui sont autrement ou paraissent hors norme, les normes qui sont qu’illusion et apparat clinquant et dévergondé.

Le premier atout de ce livre pour nous européens, c’est l’approche de cette fresque de la jeunesse américaine, et aussi les coutumes comme celle de la St Valentin, toujours intéressant !

Mais le point fort de ce livre réside dans le cheminement de l’être humain, celui qui prend conscience de l’autre, des vraies valeurs, et de l’importance de la vie, le respect et l’amour de sa famille, de ses amis, et de tout être humain qui mérite une certaine dignité.

Je ne suis pas certaine que les jeunes lecteurs appréhendent la profondeur de ces pensées “philosophiques” à leur juste mesure.  La vie et la mort, l’importance d’autrui au sein d’un groupe, la différence de chacun, et l’indifférence qui blesse et meurtrit au très fond de l’âme, l’injustice, et la trahison de ses meilleurs amis, la perte de confiance … Enfin toute une panoplie d’idées plus ou moins humaines qui devraient avoir le don d’éclairer les êtres “mauvais” ou “bornés” vers une certaine compassion et attention vers autrui et non plus vers soi et uniquement son petit cercle restreint d’amis.

Pourtant, cette histoire serait comme une lumière pour certains jeunes qui ignorent ou refusent de croire qu’on peut être différent et pourtant intéressant, que la vie est un instant unique et qu’il est bien dommage de gâcher, ce si précieux trésor. Qu’il ne faut pas attendre le dernier jour pour dire à son entourage qu’on les aime, et pas attendre qu’il soit trop tard pour faire le bien et cesser de se mettre de la poudre aux yeux par reflet des autres, cesser d’être des moutons.

Au fur et à mesure des jours qui se ressassent, combien on ressent cette souffrance de Sam, même si elle peut apparaitre ignoble, au fond elle n’est que la victime de cette société, mais combien on apprécie sa lente prise de conscience, et sa volonté de connaître la vraie personnalité de chacun, comment elle juge non plus par l’image que donne une personne donnée, mais en prenant le temps de connaître la personne, de parler avec elle, de se faire sa propre opinion et non de boire les seules idées reçues des uns et des autres.

Bien sûr, ce livre est destiné plus à une peuplade d’ados en mal de vivre, à eux qui ne croient pas trop en l’avenir et encore moins au leur, à cette jeunesse qui se détruit à l’extrême croyant que la vie est trop brève pour perdre une seule minute de plaisir en se perdant dans des paradis artificiels, se noyant dans l’alcool.

Malgré les avis qui divergent et ça se comprend facilement, je pense que l’auteur a réussi à peindre une part de l’humain dans toutes ses frasques du plus ignoble à la métamorphose de l’être tel qu’il devrait être : humain tout naturellement dépouillé de son habit d’égocentrique pour ne citer qu’un seul mal qui gangrène cet étrange mammifère penseur ne sachant apprécier la vie telle qu’elle est, ne sachant pas être sans paraître.  

Une ode de la fragilité de la vie, des choses, c’est un grain de sable qui fait dérailler le destin, un rien qui fait tout, un nouveau regard quand il est trop tard. Moralité, n’attendez pas le moment ultime pour lever vos yeux, pour ouvrir votre cœur, devenir ce que vous devriez être, et profiter des belles choses dans toute leur simplicité.

Tant de choses deviennent belles quand on sait les regarder.

 

Pour ma part je recommanderais ce livre pour les ados qui sont ouverts et prêts à sortir de leur costume d’ado juste le temps d’une lecture et à tous les parents d’ados.

 

Des extraits oui, j’en ai relevé je ne vais pas tout mettre hélas :

 

Page 186 : J’ai faim d’une autre lumière, d’un autre soleil, d’un autre ciel. Je n’y avais jamais vraiment réfléchi avant, mais c’est un miracle qu’il y ait autant de luminosités diffrentes au monde, autant de ciels : l’éclat pâle du printemps, lorsque la nature se met à rosir, l’audace luxuriante et radieuse d’un jour de juillet à midi ; l’étendue violette d’un ciel d’orage aux traînées vertes annonciatrices d’éclairs ; les couchers de soleil psychédéliques qui évoquent les trips de drogués sous acide. J’aurais dû en profiter d’avantage, les graver dans ma mémoire. J’aurais dû mourir par un magnifique coucher de soleil. J’aurais dû mourir pendant les vacances d’été ou d’hiver. J’aurais dû mourir un autre jour. Le front appuyé contre la vitre, je m’imagine en train de la briser d’un coup de poing, de la regarder en éclats.

Page 193 : C’est un enseignement que j’ai tirés de cette matinée :  si vous franchissez une limite et que rien ne se produit, la limite perd de sa valeur. C’est comme l’histoire de l’arbre qui tombe dans la forêt : fait-il du bruit si personne ne l’entend ? On repousse la limite, de plus en plus loin, et on continue à la franchir. Voilà comment les gens finissent par se retrouver au bout de la Terre. Vous seriez surpris de constater combien il est facile de basculer, d’échapper à la gravité, d’atterir dans un endroit où personne ne peut vous toucher. Combien il est facile de se perdre… d’être perdu.

 

Page 271 : C’est fou combien les gens changent. Mes passions d’autrefois – les chevaux, les gâteaux et le pic des Oies – ont été remplacées au fil du temps par l’amitié, les chats sur le Net, les téléphones portables, les mecs et les fringues. C’est un peu triste si l’on y songe. Comme s’il n’y avait aucune permanence. Comme si quelque chose se brisait lorsqu’on atteint sa douzième ou treizième année, enfin l’âge où l’on quitte l’enfance pour devenir un “adolescent”, autrement dit une personne entièrement différente. Peut-être moins heureuse. Peut-être plus mauvaise.

Page 279 :  Je n’en reviens toujours pas de la facilité avec laquelle les choses changent, je n’en reviens pas de constater qu’en empruntant la même route on peut atterrir à un endroit totalement inattendu. Il suffit d’un pas de côté, d’un arrêt, d’un détour et l’on finit avec de nouveaux amis, une mauvaise réputation, un nouveau copain ou seul. Je ne m’en étais jamais rendu compte avant ; je n’avais jamais été capable de le voir. Et j’ai soudain le sentiment, étrange, que toutes ces possibilités coexistent, comme si à chaque instant de la vie en correspondaient mille autres différentes, empilés sous celui-ci.

 

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