Un dernier message pour clôre l'année
L'année se meurt, dans un dernier souffle, je remercie tous les abonnés, visiteurs de ce blog, et je vous souhaite, une excellente année 2012.
L'envie n'y est plus, le temps non plus, la routine de ce blog me pèsait, il ne sera pas fermé pour l'instant, Canalblog ne nous donne pas le choix de suspendre, la seule possibilité est la suppression pure et simple, cela serait dommage d'effacer quelques années d'échanges et de partage.
Je vous retrouverai à travers mes balades chez les uns et les autres, par mail pour certains, et peut-être un autre espace autre et autrement.
Toutefois je me laisse une chance de reprendre ce "Mot à mot" qui à l'origine devait être consacré à l'écriture et poésie, les livres ont pris le dessus, envahis mon temps et mon espace me noyant dans une mer de billets à publier.
Je retrouve le chemin de la quiétude, lire sans aucune contrainte, ni horloge qui bat son tempo, plus de date ni compte à rendre : quel bonheur !
Bonne lecture à vous tous, belles découvertes livresques, et à bientôt.
Un peu de nouvelles
Absente de ce blog, qui devenait trop prenant, un changement d’horaire de travail, ma petite au collège, des problèmes informatiques, on fait que le temps me manque cruellement pour tenir ce blog comme auparavant avec de surcroît un ordi qui n’est pas au plus haut de sa forme.
Sans doute aussi, ce besoin d’ouvrir une nouvelle fenêtre, prendre le temps ailleurs, lire sans aucune contrainte, ne plus faire de chronique, et garder que le plaisir premier de la lecture.
C’est un paysage qui peut sembler flou, un paysage de chez moi, mais si vous pouviez deviner que ce petit rien, c’est simplement le pays d’André Dhôtel, un pays où l’on arrive jamais, alors sans doute ce petit rien vous comblera d’admiration. C’est comme un arrêt sur image, prendre le temps de détail cette photo et vous y verrez comme le reflet d’un songe.
Savoir parfois couper ce rythme infernal et retrouver la douceur du temps qui passe, sans pression ni contraintes, voilà en quelques mots l’explication à cette absente latente.
Je remercie tous les blogueurs qui se sont inquiétés, ont demandé des nouvelles.
Mon livre “l’astronome aveugle” continue son voyage, je n’accepte que le prêt qu’aux personnes avec qui j’ai un minimum d’échanges, il est actuellement chez Alex de mot à mots.
au plaisir de vous lire, sachez que je passe parfois chez vous silencieuse mais toujours en admiration pour vos billets.
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Les petits pots d’Adèle de Magali Clavelet
Adèle mène une vie tranquille au bord de la mer, en compagnie de son chat Sardine. Elle est un peu spéciale, elle suit un drôle de régime à base de purée d'algues et de
plancton... Un jour de cueillette , une rencontre incroyable va changer sa vie pour toujours. Une rencontre hors norme entre une grand-mère loufoque et une baleine gourmande d’où un quotidien étonnant, un humour décalé...

Un album de belle facture, les tons harmonieux amplifient la douceur et la tendresse qui se dégagent de l’ensemble. L’histoire est somme toute simple, mais toutefois originale, qui soulève le problème des animaux recueillis qu’on tente de domestiquer. Il faut pourtant se rendre à l’évidence qu’un animal est bien mieux dans son milieu naturel, même si l’humain peut lui offrir tout le confort et l’affection. Adèle, un petit bout de femme solitaire, qui a eu l’idée de faire des pots de confiture aux algues et planctons.
On s’attendrit sur ce personnage, malgré tout, j’ai ressenti, un manque de consistance dans ce livre, en conséquence je conseillerai ce livre à de très jeunes enfants qui ont besoin de simplicité et d’émerveillement. Je suis certaine, qu’Adèle sera conquérir et faire sourire nos petits bouts de chou. Toutefois sous cette simplicité se cache bien des sujets comme l’alimentation, l’amitié et l’attachement aux animaux et bien d’autres.
Quant au graphisme, que dire si ce n’est qu’ une panoplie de positif : les tons, la style, malgré peut être un trait plus grossier pour Adèle, le tout reste équilibré. De grands tableaux à admirer, résolument, un bel album jeunesse.
Je remercie Masse critique de Babelio pour ce choix et les éditions Océan Jeunesse pour cet envoi.
Planches , site de l’auteur et illustrateur
Le corps plein d’un rêve de Claudine Galea
C'est une après-midi de printemps, au bord de la Méditerranée, dans un ancien village de pêcheurs près de Marseille, à la fin des années 70.
C'est là qu'elle entend Patti Smith chanter pour la première fois.
Elle, l'adolescente de seize ans, maigre et timide, entend la voix d'une autre fille maigre qui, à trente ans, avec son premier disque, est devenue une star. Et sa voix lui entre dans le corps. La grâce d'une voix. Correspondance secrète, cela s'appelle. Comme celle entre Patti Smith et Claudine Galea.
Car on projette toujours ce qu'on est, ce qu'on n'est pas, ce qu'on voudrait être, ce qu'on croit être, sur les artistes. Ils sont là pour nos rêves, nos utopies. Pour nos faiblesses. Pour nos illusions. Pour nos grandeurs.
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Style original pour une biographie décalée d’une artiste hors norme : Patti Smith. L’auteur nous ouvre les portes d’un monde parallèle au point de rencontre impossible pourtant les lois mathématiques sont parfois brisées en un point de choc, là où les ondes n’en finissent pas de bousculer une vie.
Un monde musical, poétique, littéraire parfois aux affluents de l’ excessif et de la fragilité mais toujours dans ce besoin de vivre ses rêves plutôt que de vivre pour rêver.
Une écriture ronde, rockeuse, l’anglais et le français se chahutent en toute amitié. Néophyte ne craignez rien, un anglais basique style scolaire est amplement suffisant pour ne pas perdre pied.
Sept grand moments de la vie de Patti Smith, des retours en arrière comme le remous des vagues et nous aurons le plaisir de croiser notre chère Virginia Woolf, car Patti Smith est une artiste au pluriel, chanteuse, mais aussi peintre, poète, elle a mis en œuvre des textes de Virginia, comme quoi, l’image du rock n’est pas toujours celle que l’on peut supposer. Patti est une inconditionnelle de Rimbaud, (pour la petite histoire, sachez qu’elle est venue dans nos belles Ardennes lui rendre hommage), aux influences de Bob Dylan également, nous retrouvons les teintes d’une Amérique avec la beauté d’une poésie haute de gamme.
Dans l’écho de cette double histoire, on effleure les problèmes d’une jeunesse en mal de s’épanouir, et s’émanciper, ne plus subir les ordres des parents, suivre le droit chemin misérable de tout à chacun, Patti était ouvrière, et si elle n’avait pas osé le saut, que serait-elle aujourd’hui. Une femme usée, casée, grattant ces quatre dollars pour manger. Oser vivre vos rêves voilà la moralité de ce livre.
Page 17 : Une après-midi sur la Côte Bleue, je l’ai entendue chanter et elle m’est entrée dans le corps, à l’endroit exact où le corps est tout, les sens, les émotions, l’intelligence, l’esprit, tout. La grâce d’une voix m’a traversée une après-midi de l’année 1976 au bord de la mer. Elles me sont entrées dans le corps, la femme, l’artiste, l’inclassable, la rebelle.
Chaque mélomane se retrouvera dans cette histoire, chacun dans sa vie, a fait cette rencontre fabuleuse d’une voix, d’une musique qui nous poursuivent tout le long de notre vie, et chaque nouvelle rencontre, ce jour rejaillit comme si le temps n’avait pas eu d’emprise. C’est le morceau qui nous colle à la peau, c’est une voix qui nous envoûte, des sonorités qui nous résonnent. La vibration d’une passion, d’un fil invisible entre deux mondes, cette chose indéfinissable de ce mot MUSIQUE ! Ce phénomène qui touche le corps mais aussi l’âme, qui nous transporte loin et ailleurs, qui nous réveille ou nous soulage, nous dit que le monde n’est pas uniquement ce que nos yeux peuvent voir mais bien plus, il suffit parfois prendre la peine d’y croire et de se laisser porter par cette vague déferlante qui nous emmènera au haut que tous les sommets du monde.
Merveilleux livre pour découvrir cette artiste qui a su contrairement à ses congénères vivre de sa musique sans tomber dans le piège des substances prisées par les artistes, elle a su être Elle, vivre sa vie malgré les noirceurs qui ont terni son existence.
Des extraits en pagaille pour un livre papillon qui m’a donné cette envie d’écouter cette artiste à la voix incomparable. J’écoutais plus Marianne Faithfull durant mon adolescence et c’est avec plaisir que je redécouvre Patti Smith à travers cette biographie. Les années ont passé mais il y a comme ça des artistes qui semblent éternels, indémodables et je crois que Patti au même titre que Dylan, Hendrix, Joplin, Morrison, restera parmi les incontournables qui ont marqué la musique d’une époque loin d’être révolue.
Page 65: Je rêvais beaucoup, je rêvais à ma vie. C’est là que je me suis dit pour la première fois, tu feras ta vie comme tu la rêves, dream it, rêve ta vie, tes vies. J’en aurai plusieurs, c’est l’histoire que je me suis racontée très tôt dans ma tête.
A travers ce voyage des années 70-80, la nostalgie sans doute fleurit ici et là, mais l’espoir que porte les paroles des chansons en sourdine dans notre tête, cette force qui jaillit de ce discours, pour toutes les faiblesses et les doutes d’un ado, rend cette histoire troublante et émouvante.
La révolte d’une enfant envers l’autorité qui bride une jeunesse qui brise les rêves, cette volonté de devenir autre que l’image des parents, peut-être un peu celle de nos idôles, peut-être l’image d’une jeunesse pleine de promesse.
Beaucoup de chemins au fil des pages, énormément de point de suspension comme ça qui nous laisse dans ce doux cocon, un brin blessant quand nous mêmes nous n’avons pas su vivre nos rêves ! Peut-être que ce livre est déjà trop tard pour certains, mais pour d’autres, un message de dire oui à nos envies, briser le mur et s’échapper loin devant loin vers ce monde qui nous tend ses bras.
Je ne vous mettrai pas tous les extraits que j’ai retenus, lus et relus, j’aimerais uniquement dire que ce livre est un livre plein de rêves. Qu’on aime ou pas Patti Smith, c’est bien plus qu’une biographie, c’est bien plus qu’un livre, c’est un moment de délices.
Et bien l’essentiel : une belle rencontre avec Patti Smith, avec la musique et les mots. J’ai conscience que je suis à mille lieux d’avoir exposé toute la richesse de ce livre, mais toutes les portes restent à ouvrir pour explorer le monde de Patti Smith, je vous laisse ce bonheur : au moins entr’ouvrir en écoutant les vidéos…
Un grand merci à la librairie dialogues et le club des lecteurs pour ce partage. 
La première chanson plus rock, la deuxième plus douceavec Hey Joe
Le site officiel cliquez sur la photo
La forêt–dimanche en poésie
Photo : Bruno Monginoux / Photo-Paysage.com (cc-by-nc-nd)
La forêt
Forêt silencieuse, aimable solitude,
Que j'aime à parcourir votre ombrage ignoré !
Dans vos sombres détours, en rêvant égaré,
J'éprouve un sentiment libre d'inquiétude !
Prestiges de mon cœur ! je crois voir s'exhaler
Des arbres, des gazons une douce tristesse :
Cette onde que j'entends murmure avec mollesse,
Et dans le fond des bois semble encor m'appeler.
Oh ! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière
Ici, loin des humains !... Au bruit de ces ruisseaux,
Sur un tapis de fleurs, sur l'herbe printanière,
Qu'ignoré je sommeille à l'ombre des ormeaux !
Tout parle, tout me plaît sous ces voûtes tranquilles ;
Ces genêts, ornements d'un sauvage réduit,
Ce chèvrefeuille atteint d'un vent léger qui fuit,
Balancent tour à tour leurs guirlandes mobiles.
Forêts, dans vos abris gardez mes vœux offerts !
A quel amant jamais serez-vous aussi chères ?
D'autres vous rediront des amours étrangères ;
Moi de vos charmes seuls j'entretiens les déserts.
François-René de CHATEAUBRIAND (1768-1848)
Photo : Bruno Monginoux / Photo-Paysage.com (cc-by-nc-nd)
Soleil de minuit de Vendela Vida

À la mort de son père, Clarissa, une jeune Américaine, découvre que ce dernier n’est pas son géniteur biologique. Quatorze ans plus tôt, sa mère, Olivia, a disparu sans laisser de traces. Déboussolée, elle décide de retrouver son vrai père, lequel s’avère être un pasteur finlandais vivant en… Laponie !
Clarissa se met en route. Direction : le cercle polaire. De rencontres en révélations sur le mystère de sa naissance, elle rassemble les morceaux du passé de sa mère et du sien. Dans ce pays où le soleil ne se lève jamais, Clarissa va redonner un sens à son destin.
Clarissa, en perdant son père, découvre dans les tiroirs qu’il n’était pas réellement son père au sens « génétique », mais elle découvre encore avec plus de déception que son fiancé Pankaj le savait tout comme la mère de ce dernier. Se sentant trahie doublement, elle décide de tout quitter pour retrouver son père génétique en Laponie. Sur les traces du passé, elle ira finalement à la recherche de sa propre identité, passant des stades plus ou moins frustrants et douloureux, mais n’est-ce pas le lot d’une métamorphose. Tout comme pour devenir papillon volant dans la légèreté du vent et avec la grâce de l’insouciante liberté. Clarissa devra donc souffrir avant de s’accomplir. Elle découvre, un pays, un peuple et des traditions, son père qui n’est pas encore le géniteur. Tout est à refaire. Elle finira sans le savoir par être hébergée au cœur du drame qui s’est déroulé voilà quelques années auparavant, ici même où elle a été conçue dans la violence et la démence de ce géniteur. Sur ce parcours, le hasard lui offrira une rencontre inattendue “sa mère” qui avait disparu sans donner de nouvelles. Un passage assez difficile, sensible mais quelque part tellement vrai.
page 233 : Je me suis surprise, sur le moment, à ressentir de la sympathie pour ma mère. Je ne lui pardonnais pas, mais je comprenais ce qui l’avait poussée à agir comme elle l’avait fait. J’étais un rappel de son passé.
Finalement, cette retrouvaille avec sa mère lui sera bénéfique même si la déception fut au comble, elle comprendra par l’histoire de sa mère sa propre histoire et l’erreur à ne pas commettre. Partir loin pour ne plus être ce que l’on a pas choisi, partir pour renaître soi-même.
Un roman qui se construit tel un igloo, un large cercle pour finir au sommet, l’arrondi de cette voûte pour mieux faire circuler la réflexion sur l’origine de notre naissance. Vouloir savoir est-ce la meilleure des choses, ou faut-il vraiment savoir pour s’accepter et s’accomplir ensuite ?
Un très beau récit qui plus est, nous fait découvrir ce pays de glace où le soleil parfois ne se lève pas ou à peine. Comme l’image de cette histoire, tant que la lumière ne sera pas faite sur ce mystère, le jour nouveau ne pourra jamais se lever.
Page 127 : Au loin, un rond blanc flottait dans le ciel, une espère de halo. Le soleil ? Il était si bas à l’horizon que c’était dur à dire. Il aurait aussi bien pu s’agir d’un lampadaire.
On apprécie également la découverte d’un peuple et ses traditions, en l’occurrence nous partons ici « Sami » (cliquez pour en savoir plus) nommé plus communément “lapon” … on apprendra ce que c’est un Lavu:
Page 109: Le Lavu est l’équivalent du tipi amérindien. Une famille entière dormait dans le même lavu pendant la saison de pâture des rennes. Une illustration montrait qui dormait où dans le lavu. Les parents couchaient d’un côté de la tente, non loin de la partie cuisine, et près d’eux, les très jeunes enfants. Le foyer était au centre. Les aînés couchaient après le foyer et, plus loin encore, les domestiques près de la porte.

J’ai aimé la fin comme une délivrance pour cette jeune fille, elle est devenue ce qu’elle a estimé le mieux pour elle, en acceptant son passé pour mieux vivre son présent.
Page 234 : J’ai décidé aujourd’hui de prendre le large un moment. En écrivant cette lettre, je ne sais même pas si je ne vais pas la déchirer. Je lui ai raconté Eero, ma grand-mère, ma mère et l’homme qui l’avait prise sur la rivière. Je lui ai raconté Henrik et Kari. J’ai donné plus de détails que nécessaire ; je voulais qu’il me soit impossible de retourner vers lui. Je voulais qu’il lui soit impossible de me reprendre.
Je ne peux malheureusement pas vous révéler la fin sinon le charme serait rompu.
J’ai beaucoup aimé ce livre au ton glacial, mais pourtant on ressent une vive chaleur en admirant la métamorphose de Clarissa malgré la douleur qu’elle doit subir. C’est un mal pour un bien.
A la page remerciements, l’auteure nomme une poétesse sami Marry Ailoniedia Somby et son poème “Let the Northern Ligts Erase Your Name” qui est le titre du livre en version originale, ce poème est la source de ce roman.
![[northernlights.jpg]](http://3.bp.blogspot.com/_pWfqRzbBEm4/RotBZ8aaUyI/AAAAAAAAALQ/nuvVmV3ZyoQ/s1600/northernlights.jpg)
Une auteure qui a su me séduire, et dont je poursuivrai sa connaissance. Avec : se souvenir des jours heureux et sans gravité
C’était une lecture dans le cadre du challenge “un mot des titres”
pour cette deuxième session le mot tiré au sort était “SOLEIL” comme quoi tous les soleils ne sont pas rayonnants et chauds, il y a des soleils noirs et froids… un seul soleil dans l’atmosphère mais différent selon notre position sur cette planète.
Et si je devais choisir une citation avec le mot Soleil à l’image de ce livre elle serait celle-ci : Le soleil extérieur a soif du soleil intérieur de Jakob Böhme .
Le soleil du désert d’André Dhôtel
Une seconde lecture dans le cadre du challenge “un mot des titres” , le livre du hasard, pour un auteur qui vivait modestement à quelques battements d’ailes de chez moi.
Présentation de l'éditeur
Jonas, quinze ans, se voit expédier par les siens au lycée de la ville voisine, où il doit poursuivre ses études. Il se trouve qu'il pense à tout autre chose qu'à étudier. Il s'endort dans le train, descend à la mauvaise gare, flâne dans un bourg pavoisé pour la fête, s'amuse avec ceux de son âge, entrevoit une fille aux longs cheveux noirs et aux yeux verts qui répond an nom bizarre de Suzannah, la perd de vue... De nouveau il succombe au sommeil et se retrouve au milieu d'un bizarre désert : les gens qu'il rencontre
lui tiennent des propos incompréhensibles, un géant lui arrache sa cravate, une vieille femme lui lance à la figure des paroles peu plaisantes... Enfin Suzannah reparaît, ce qui n'est pas forcément pour simplifier les choses... Car la beauté, si elle éclaire d'un jour surprenant la sage grisaille du monde, a une drôle de façon de venir en aide à ceux qui se sont perdus en route. Dhôtel au pays des merveilles...
Biographie de l'auteur
ANDRÉ DHOTEL (1900-1991) : " Méfiez-vous de Dhôtel, aimait à dire Henri Thomas, méfiez-vous de sa redoutable simplicité ". Est-ce à force de se méfier qu'on l'a oublié ? Jean Paulhan, qui fût son éditeur, assurait que la postérité, malgré ses célèbres caprices, rangerait un jour les livres de Dhôtel au seul rang qu'ils méritaient : le premier.
***
Une histoire qui débute simplement mais qui soudain bascule dans une autre dimension. Le petit Jonas après avoir piquer un petit roupillon à l’arrière de la voiture de son oncle, se retrouve dans un pays étrange, ou les habitants ne sont pas moins bizarres que leurs propos d’une teneur abracadabrante. Jonas vivrait-il un rêve éveillé ? Le côté irréel est vraiment réussi, on doute, on tâtonne, tentant de deviner pourquoi toutes ces bizarreries qui se succèdent quand le “cauchemar” prend fin. Le voile se lève sur un mystère qui n’est qu’une suite de malencontreuses coïncidences, plus rien n’est à craindre. Tout devient clair comme l’eau de roche. Le désert n’est ici que notre champagne “pouilleuse” (je ne vais pas vous faire un cours pour vous expliquer pourquoi pouilleuse !!!). De grandes étendues à perte de vue, sans habitations, des cultures sur une terre pleine de craie . Voilà sans doute l’explication à ce titre : le soleil du désert !
Dhôtel a toujours le charme de nous embarquer dans le sillage de sa plume pour des aventures qui démarrent sur les chapeaux de roues, mais qui au final retombent trop vite comme un soufflet. Dommage j’aurais aimé une fin plus explosive, plus onirique ! Malgré tout, on apprécie la justesse de la langue épicée d’humour et de courtoisie.
Cette histoire chemine vers une moralité, les personnages espiègles, et Jonas qui se laisse aller à ce joyeux enchaînement de faits, ne sont que les acteurs de cette fable. Il rencontre des gens avec la tête dans les étoiles, quoique rien d’étonnant, quand ce personnage est un astronome : “ Simplement, dit l’homme, je m’applique à vous ramener à la réalité. Si vous suivez mes explications, vous serez mieux assuré d’avoir un esprit clair et éveillé. En outre vous prendrez conscience d’habiter une planète solitaire dans le firmament, et vous ne vous étonnerez pas d’être un peu perdu. Au contraire, vous serez heureux et surpris que les étoiles vous situent, malgré tout, dans ce monde infini, et vous n’aurez plus à vous soucier de connaître le nom d’un misérable département. “
Au début de ses mésaventures Jonas n’avait qu’une idée en tête, savoir où il avait atterri, et comment rejoindre le lieu où il devrait se trouver. Après l’astronome, il croise aussi un géant, puis un garçon somnambule Victor qui ne semble pas plus endormi que Jonas et pas très sensé, la tête lui aussi dans les étoiles. Jonas, commence doucement à abdiquer à vouloir comprendre le sens de toute cette histoire farfelue : “ ----le visage tourné vers les étoiles, oubliait qu’il était Jonas Souchalant, futur élève de première au lycée. Simplement étonné d’être vivant, dans le lointain des espaces fourmillant d’étoiles. “
Puis il y a cette fille étrange, Suzannah, fascinante avec un regard d’un vert éblouissant. Jonas est tombé sous le charme, comme envoûté par ce regard pénétrant : “ Jonas parvenait difficilement à rassembler ses pensées. Ce fut d’abord l’image de Suzannah, qui s’imposa à son esprit et à son cœur. Le visage de Suzannah, qu’il avait longuement examiné tout à l’heure, à la porte de ce faux manoir, apparaissait différent, et les regards de ses yeux verts avaient une acuité dénuée de toute amitié. Mais cette image était pénétrée d’une lumière qui, sans adoucir les traits, leur donnait une beauté qu’il semblait impossible de comprendre jamais. Un visage hors d’atteinte comme un espoir impossible. “
Suzannah, fuit une sœur, qui elle désire retrouver sa sœur bien aimée. Toute une manigance se montera avec l’aide de Jonas et les habitants pour résoudre ce problème. La fin est heureuse, tout finit bien comme dans les contes de fée.
En résumé, une lecture plaisante sans grande prétention mais qui pourtant nous embarque dans un monde à la frontière du réel et du rêve.
Nestor rend les armes de Clara Dupont-Monod
Editeur : Sabine Wespieser
Date de parution : août 2011
Nombre de pages : 117
« Lui, c’était un homme d’excès. Un homme qui n’avait pas peur des outrances, prêt à vivre avec un corps et une mémoire démesurés. Il mangeait trop, dormait en criant, ne passait pas les portes et ne faisait aucun effort pour se lier. » C. D.-M.
Résumé :
Clara Dupont-Monod, avec ce nouveau portrait d’un être des marges, poursuit une œuvre forte et singulière. Nestor est obèse. De cet homme désigné au regard des autres comme un monstre, elle tente, avec une paradoxale économie de mots, de saisir le mystère. Au fil des pages, et comme à l’insu du lecteur, le gros père prend la dimension d’un être humain riche de son histoire. Celui dont le seul horizon est la photo d’un phare du bout du monde devient sous nos yeux un personnage : argentin, arrivé en France pendant la dictature, il y a retrouvé une jeune femme qu’il a épousée et avec qui la vie était douce. Jusqu’au drame qui inexorablement les a éloignés l’un de l’autre, au point qu’il finisse enfermé dans la rassurante forteresse de sa propre chair. À force de patience et de tendresse, une jeune femme médecin parviendra peut-être à conjuguer sa propre solitude à celle de ce patient peu ordinaire. La langue riche et précise de Clara Dupont-Monod agit comme un charme puissant pour suggérer l’indéfinissable attachement qui naît entre ces deux-là. L’écrivain se garde bien de conclure : trois issues s’offrent au lecteur, comme s’il était impossible qu’une histoire aussi improbable et bouleversante finisse mal.
Auteur :
Clara Dupont-Monod est née en 1973. Elle est journaliste et écrivain. Nestor rend les armes est son sixième livre, après le très remarqué La Passion selon Juette (Grasset, 2007).
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Une histoire qui se dévoile à petits pas feutrés. Un récit court mais qui pourtant demande une certaine lenteur pour pénétrer au cœur de la faille. Nestor rend les armes, le titre interroge. Un homme qui se calfeutre dans son obésité, se terre dans une solitude qui semble lui convenir. Seul horizon d’évasion, cette image illustrant un phare.
Page 12 : Longtemps, il avait pensé que la solitude était un sentiment. Maintenant il l’apparentait aux branches nues des arbres ou au sang qui coule dans les veines. La solitude n’était pas une inclination du cœur mais un élément organique, inscrit dans les lois du monde. Nestor s’était résigné à cet ensemble de règles qui verdit les feuilles, dicte les rencontres, massacre les vies pour en épargner d’autres.
Le récit se pose en douceur, malgré les sujets parfois blessants que l’auteur aborde. Tout semble amoindri par cette pudeur avec laquelle les personnages se dévoilent au fil des pages. Le début se porte sur l’obésité et ses travers, le regarde des autres, cette forme d’infirmité latente, non reconnue mais moquée. Puis vient le problème de la solitude, de cet homme qui a fui son pays, une plaie ouverte s’agrandissant avec l’accident de sa femme. Sur son lit d’hôpital, elle végète entre la vie et la mort. Nestor est seul avec sa souffrance, il lit les cahiers de Mélina. Acide vérité qui éclabousse la réalité du destin.
Quotidiennement, il se rend au chevet de son épouse, comme dans une bulle, la routine semble le tenir debout. Dans cet univers où le regard ne se porte plus sur son obésité, il se sent comme un malade parmi les autres.
Page 16-17 : Il arrivait à l’hôpital (…) ---- Sa démarche devenait plus souple. Son large dos s’accordait au décor. Personne ne le remarquait. C’était la fin du calvaire. Ici s’ouvrait le royaume des difformes, tandis qu’à l’extérieur palpitait la vie du matin. Certains traînaient une perfusion à roulettes. La plupart avançaient en somnambules. Nestor était chez lui. Il se sentait admis au sein d’une confrérie résignée à écouter seulement le bruit du dehors.
Un médecin, s’intéresse à lui, et le prendre sous son aile simplement et naturellement. Une nouvelle histoire commence. L’être n’est plus une enveloppe charnelle, mais un homme avec son passé, ses souffrances, mais aussi ses qualités, sa sensibilité, ses cauchemars. Comment dissiper cette brume opaque qui s’abat sur son avenir ?
Page 25 : Que pouvait-il lui arriver encore ? Quel châtiment le sort lui réserverait ? En réalité, Nestor dégringolait avec la majesté d’un oiseau suicidaire. Il se laissait glisser, conscient qu’à n’avoir aucune raison de vivre, on n’en a pas non plus pour mourir.
Page 60 : Elle saisit Nestor par l’épaule et l’obligea à s’étendre. Il n’opposa aucune résistance quand elle déboutonna sa chemise. Il se laissa toucher, tellement honteux que même la honte lui était égale. Sa chair débordait du pantalon, s’amassait sous les bras, faisait des bourrelets dans son cou. Mais elle cédait sous des gestes précis. Nestor n’était plus gros, ni déraciné, ni vieux. Il était un ensemble de connexions nerveuses et sanguines. Les médecins traitaient des corps en plainte. Ils se fichaient de leur fortune, de leur déboires ou de leur rang.
Page 72 : “Pourquoi tu t’intéresses autant, à ce gros père ?” avait souri un confrère en se lavant les mains. Alice avait haussé les épaules. Il aurait fallu expliquer qu’à certains moments, une personne valide peut porter en elle l’infirmité de son conjoint. Alors, les soins prodigués à celui qui reste sont ceux qu’on donnerait à sa moitié alitée. Mais elle ne dit rien, et le confrère lui lança un clin d’œil.
Une plume élégante, tout en finesse nous transportant dans ce récit non en voyeur mais en ami ne pouvant hélas rien changer aux faits. On découvre Nestor et son refuge dans l’obésité, Mélina est cet enfant perdu, Maria l’amie restée au pays, ce médecin sans doute qui se dissimule également derrière sa blouse mais réellement, n’est-elle pas aussi une personne en quête d’un renouveau ?
Un très beau récit, conté de façon originale, nous sommes, lecteur comme dans un paysage de brume, l’histoire nous est révélée, en douceur par la découverte de Nestor et de sa vraie valeur humaine.
Page 94 : Le cœur d’Alice tressautait. Elle regardait ces dos larges, aux épaules rondes. Ces démarches d’animaux lourds frayant parmi les chevreuils. Ces toupies trop lentes que l’on heurte du pied. Alors elle sentait un chagrin immense déferler en elle. C’était la peine des combats perdus, c’était la mort des mères et de leurs élans.
L’auteur offre trois issues à cette histoire, comme trois chances à donner à Nestor, je ne pourrais dire laquelle des trois est la mieux, je choisis les trois et laisse se dessiner trois fins inédites.
Une très belle lecture grâce au club des lecteurs Dialogues croisés que je remercie pour ce beau partage.
Le peuple de papier de Salvator Plascenda
Lecture commune avec CC dit Libouli qui semble avoir eu du mal à apprivoiser ce peuple étrange et surprenant ! J’avoue que cela n’ a rien d’étonnant car le livre est vraiment spécial !
"Original, étrange et bien écrit ... une lecture attachante et ensorcelante"
The Times
Salvador Plascencia entre en littérature avec un ouvrage au style recherché et néanmoins touchant qui s'ouvre sur une allégorie de l'art et du sentiment de perte qui préside à la création.
Un boucher éviscère le chat d'un jeune garçon; celui-ci confectionne des organes en papier pour le félin qui retrouve vie et c'est ainsi que le garçon devient le premier "chirurgien-papier" au monde. Même si parfois le livre de Plascencia semble prendre la forme d'une autobiographie qui lui permettrait d'en finir avec un amour perdu, la réalité a peu de place dans ce travail expérimental -un malicieux mélange du réalisme magique de Garcia Marquez et des astuces typographiques de Tristram Shandy. Dès le début on rencontre un "bébé Nostradamus" et un saint catholique déguisé en catcheur tandis que l'on suit parallèlement les pérégrinations,entre Mexique et Californie, de Federico de la Fe, frappé d'énurésie, et de sa fille accro au citron amer. Federico dont la femme, fatiguée de se réveiller dans des flaques de pisse, l'a quitté, s'installe à l'est de Los Angeles, à El Monte. Là, il réunit un gang de cueilleurs d'oeillets pour mener, tel Don Quichotte, une guerre contre la planète Saturne qui se révèle être,à la façon d'un récit de Borgès, Salvador Plascencia lui-même. Plus d'une douzaine de personnages se partagent la narration de cette histoire tentant, tels des Liliputiens, de secouer le joug tyrannique du contrôle de Plascencia sur leurs destinées.
Espiègle et insolent, le livre est aussi violent et macabre: des masochistes s'infligent des brûlures, un homme se vide de son sang après avoir fait un cunnilingus à une femme faite de papier.
Ce premier ouvrage de Plascencia est une démonstration explosive de virtuosité et d'irréalité, il livre néanmoins certaines vérités humaines avec une justesse dévastatrice...
Auteur : Salvador Plascencia
Extrait du Peuple de papier
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C’est vrai que c’est un drôle de livre ! De par sa construction, sa présentation quelque peu excentrique qui se mue au gré du récit ! Les personnage, l’ambiance, l’histoire tout est étrange pour ne pas dire déjanté ! En le lisant j’ai pensé à "la maison des feuilles" de Mark z. Danielewski bien que ce dernier est mille fois plus bizarre que le peuple de papier. Voilà sans doute la raison pour laquelle je n’ai pas rencontré de difficulté particulière à m’imprégner dans ce livre, malgré tout il faut un certain temps d’adaptation et faire abstraction de certains passages pas très ragoûtants !
Le lecteur est en fait pris en “otage” par les personnages qui ont déclaré la guerre à l’auteur sous le pseudonyme de Saturne. Un tas de petites histoires selon les personnages qui nous racontent le récit, nous égare parfois en chemin. Autant de bizarreries que de personnalités !
Un livre qui ne peut que surprendre mais certainement pas laisser indifférent que ça soit en positif ou négatif !
Peu de temps actuellement et des problèmes de connexion donc je ne mettrais donc pas de passages comme de coutume et je dois dire que la plume ne m’a pas transcendée plus que ça !
Une lecture que je conseille à tous ceux qui aiment lire un livre sorti des chemins battus et qui n’ont pas peur de se faire bousculer.
À la recherche du temps perdu de Marcel Proust–2ème Partie
“Le souvenir d’une certaine image n’est que le regret d’un certain instant “

Avec ce deuxième tome de "La recherche du Temps perdu", Proust évoque un épisode situé avant sa naissance, celui de l'amour tourmenté de Swann pour Odette de Crécy, amour possessif et banal, si semblable à celui qu'il vivra devenu adulte.
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Après avoir commencé mon parcours avec Proust par le premier volume comportant la première partie voir le billet ici, je viens d’achever la suite avec UN AMOUR DE SWANN, qui m’a semblé beaucoup moins captivante. J’ai ressenti une lassitude, par ces longues tirades, ces explorations de la métamorphose du sentiment amoureux, l’évolution d’une relation amoureuse, la souffrance qui s’installe, qui mord, les excès de jalousie, la douleur de se savoir trahi, avoir été le pantin d’une cocote, tout un cheminement certes intéressant pour son parcours que Proust expose avec précision.
Seule, la fin m’a réconciliée avec cet auteur, Proust nous ramène au pays de son enfance, avec ces si belles descriptions, l’insouciance de cet âge avec ces premiers émois amoureux. J’ai lu cette fin avec autant de plaisir que le premier volume. On retrouve l’atmosphère et cette plume qui m’a enchantée.
J’espère que ce passage sur les déboires de Swann était qu’une parenthèse dans cette recherche du temps perdu, cette Odette m’a agacée, et ce Swann aveugle m’a complètement énervée d’être aussi naïf. Malgré tout, on apprécie les belles réflexions sur ces états amoureux qui rendent niais. On admire le talent de Proust pour cette fine exploration de la douleur acide qui mord à vif et puis combien au final, la raison l’emporte et la vue recouvrée à nouveau, la lumière dévoile tout compte fait une femme somme toute beaucoup moins intéressante qu’il n’en paraît.
Odette aux petits soins pour mieux capturer sa proie, et Swann tombe dans le piège : “Odette fit à Swann « son » thé, lui demanda : « Citron ou crème ? » et comme il répondit « crème », lui dit en riant : « Un nuage ! » Et comme il le trouvait bon : « Vous voyez que je sais ce que vous aimez. » Ce thé en effet avait paru à Swann quelque chose de précieux comme à elle-même, et l’amour a tellement besoin de se trouver une justification, une garantie de durée, dans des plaisirs qui au contraire sans lui n’en seraient pas et finissent avec lui, que quand il l’avait quittée à sept heures pour rentrer chez lui s’habiller, pendant tout le trajet qu’il fit dans son coupé, ne pouvant contenir la joie que cet après-midi lui avait causée, il se répétait : « Ce serait bien agréable d’avoir ainsi une petite personne chez qui on pourrait trouver cette chose si rare, du bon thé. »
Pour ce côté cour, je trouve que ce romanesque nous fait franchement sourire à l’heure actuelle. Est-ce pour cela que j’ai parfois du mal à apprécier les romans d’une époque révolue bien que la plume m’enchante, le temps n’est plus aux courbettes qui s’éternisent, et le roman hélas avec. Je dois reconnaître que c’est lassant de devoir prendre le thé, se soumettre aux caprices de cette Odette, de suivre Swann dans tout Paris à l’affût de cette femme, pendant de longues pages, on finit par croire que la fin n’arrivera jamais.
Ce volet de cette longue suite d’épisodes, est plus à la recherche d’Odette que du temps perdu ( oui, il l’est !) ou l’aboutissement de ce sentiment si étrange qui envahit l’esprit et le corps de Swann
“De tous les modes de production de l’amour, de tous les agents de dissémination du mal sacré, il est bien l’un des plus efficaces, ce grand souffle d’agitation qui parfois passe sur nous. Alors l’être avec qui nous nous plaisons à ce moment-là, le sort en est jeté, c’est lui que nous aimerons. Il n’est même pas besoin qu’il nous plût jusque-là plus ou même autant que d’autres. Ce qu’il fallait, c’est que notre goût pour lui devînt exclusif. Et cette condition-là est réalisée quand – à ce moment où il nous a fait défaut – à la recherche des plaisirs que son agrément nous donnait, s’est brusquement substitué en nous un besoin anxieux qui a pour objet cet être même, un besoin absurde que les lois de ce monde rendent impossible à satisfaire et difficile à guérir – le besoin insensé et douloureux de le posséder.”
Une façon poétique d’annoncer le passage à l’acte qui une fois encore semble bien romantique mais nous laisse sourire : “la métaphore « faire catleya » devenue un simple vocable qu’ils employaient sans y penser quand ils voulaient signifier l’acte de la possession physique – où d’ailleurs l’on ne possède rien – survécut dans leur langage, où elle le commémorait, à cet usage oublié. “
Swann nous apparaît complètement fou amoureux, aveuglé, se liquéfiant au moindre geste et mot de cette Odette et elle, comme une cocote se joue de lui, seul Swann n’y voit que du feu, alors que tous connaissent la réelle position de cette femme.
Sa vie tourne invariablement autour d’Odette, son soleil, et lui la lune gravitant dans ses rayons : “C’était le printemps, un printemps pur et glacé. En sortant de soirée, il montait dans sa victoria, étendait une couverture sur ses jambes, répondait aux amis qui s’en allaient en même temps que lui et lui demandaient de revenir avec eux qu’il ne pouvait pas, qu’il n’allait pas du même côté, et le cocher partait au grand trot sachant où on allait. Eux s’étonnaient, et de fait, Swann n’était plus le même. On ne recevait plus jamais de lettre de lui où il demandât à connaître une femme. Il ne faisait plus attention à aucune, s’abstenait d’aller dans les endroits où on en rencontre. Dans un restaurant, à la campagne, il avait l’attitude inverse de celle à quoi, hier encore, on l’eût reconnu et qui avait semblé devoir toujours être la sienne. Tant une passion est en nous comme un caractère momentané et différent qui se substitue à l’autre et abolit les signes jusque-là invariables par lesquels il s’exprimait ! En revanche ce qui était invariable maintenant, c’était que où que Swann se trouvât, il ne manquât pas d’aller rejoindre Odette. Le trajet qui le séparait d’elle était celui qu’il parcourait inévitablement et comme la pente même, irrésistible et rapide, de sa vie. “
Proust nous peint le tableau dans les moindres détails du cheminement de l’amour du simple sentiment, attirance et puis ce besoin vital de boire à la source, la soif, cette passion qui s’élève au plus haut des cieux, pour culminer et bien vite redescendre cette si belle ascension. Et enfin la chute impitoyable !
Swann souffre mais quand comprendra-t-il réellement cette fin qui semble pourtant consommée ? C’est là que le roman s’éternise mais bientôt prendra une autre tournure enfin il était temps !
“Ces nouvelles façons indifférentes, distraites, irritables, qui étaient maintenant celles d’Odette avec lui, certes Swann en souffrait ; mais il ne connaissait pas sa souffrance ; comme c’était progressivement, jour par jour, qu’Odette s’était refroidie à son égard, ce n’est qu’en mettant en regard de ce qu’elle était aujourd’hui ce qu’elle avait été au début, qu’il aurait pu sonder la profondeur du changement qui s’était accompli. Or ce changement c’était sa profonde, sa secrète blessure qui lui faisait mal jour et nuit, et dès qu’il sentait que ses pensées allaient un peu trop près d’elle, vivement il les dirigeait d’un autre côté de peur de trop souffrir. Il se disait bien d’une façon abstraite : « Il fut un temps où Odette m’aimait davantage », mais jamais il ne revoyait ce temps. De même qu’il y avait dans son cabinet une commode qu’il s’arrangeait à ne pas regarder, qu’il faisait un crochet pour éviter en entrant et en sortant, parce que dans un tiroir étaient serrés le chrysanthème qu’elle lui avait donné le premier soir où il l’avait reconduite, les lettres où elle disait : « Que n’y avez-vous oublié aussi votre cœur, je ne vous aurais pas laissé le reprendre » et « À quelque heure du jour et de la nuit que vous ayez besoin de moi, faites-moi signe et disposez de ma vie », de même il y avait en lui une place dont il ne laissait jamais approcher son esprit, lui faisant faire s’il le fallait le détour d’un long raisonnement pour qu’il n’eût pas à passer devant elle : c’était celle où vivait le souvenir des jours heureux.”
Je ne vais pas non plus m’éterniser sur cette partie, mais j’ai apprécié la fin, soit la troisième partie : NOMS DE PAYS : LE NOM
en retrouvant le petit Marcel avec ses premiers émois amoureux avec Gilberte, beaucoup plus attachant que ceux de cette Odette odieuse et ce Swann aveugle. Il finira pourtant à ses fins puisque Gilberte n’est autre que la fille d’Odette devenue madame Swann !
On retrouve sur cette fin du livre ces belle descriptions qui donnent cette ambiance de tableau : “Le soleil s’était caché. La nature recommençait à régner sur le Bois d’où s’était envolée l’idée qu’il était le Jardin élyséen de la Femme ; au-dessus du moulin factice le vrai ciel était gris ; le vent ridait le Grand Lac de petites vaguelettes, comme un lac ; de gros oiseaux parcouraient rapidement le Bois, comme un bois, et poussant des cris aigus se posaient l’un après l’autre sur les grands chênes qui, sous leur couronne druidique et avec une majesté dodonéenne, semblaient proclamer le vide inhumain de la forêt désaffectée, et m’aidaient à mieux comprendre la contradiction que c’est de chercher dans la réalité les tableaux de la mémoire, auxquels manquerait toujours le charme qui leur vient de la mémoire même et de n’être pas perçus par les sens. La réalité que j’avais connue n’existait plus. “
En conclusion, une lassitude en compagnie de Swann et d’Odette, une grande joie de retrouver Marcel enfant et cette ambiance si particulière à la Proust.
Je continuerai donc l’aventure avec la suite avec : À l'ombre des jeunes filles en fleurs
Une lecture que j’inscris chez Margotte
































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