La solitude lumineuse

Présentation de l'éditeur

En 1928, Pablo Neruda est nommé consul à Colombo, Ceylan, puis à Singapour et Batavia. Accompagné de Kiria, sa fidèle mangouste, le poète chilien découvre les odeurs et les couleurs des rues asiatiques, les plaisirs et cauchemars de l'opium, la chasse à l'éléphant, le sourire paisible des Bouddhas... Neruda livre ses souvenirs colorés et poétiques d'un Orient colonial et se révèle comme un homme passionné, curieux de tout et de tous, et un merveilleux conteur.


Pablo Neruda, j’aime sa poésie, sa plume, et ouvrir ce petit livre fut une fois encore un merveilleux voyage, une agréable lecture. J’ai retrouvé tout son charme chaleureux à nous conter ces passages de sa vie, sa solitude  en terre étrangère, une certaine routine lassante à n’être qu’un fonctionnaire présent pour tamponner des caisses de thé en partance vers le Chili (quand on y pense, un si grand poète guinder dans la peau d’un fonctionnaire, il y a de quoi se morfondre dans cette solitude !) . Ce récit permet de soulever le voile sur ce passage de sa vie, on y apprend des faits sur sa poésie, ses amours, il fait partager son émerveillement à se plonger au cœur d’une autre culture, d’autres mœurs, d’autres valeurs.

Page 19 : “Durant des heures, sous ces arbres qui ne me menaçaient plus, j’assistai aux merveilleuses danses rituelles d’une noble et antique culture et j’écoutai jusqu'au lever du soleil la délicieuse musique qui envahissait le chemin.

Le poète n’a rien à craindre du peuple. La vie, me sembla-t-il, me faisait une remarque et me donnait à jamais une leçon : la leçon de l’honneur caché, de la fraternité que nous ne connaissons pas, de la beauté qui fleurit dans l’obscurité.”

Il dévoile le colonialisme tel qu’il l’a vécu à cette époque et il nous livre son ressenti, lui qui n’avait aucune honte de se mêler au peuple, on lui fit remarquer cette inconvenance : Page 33 “ Leur boycottage me rendit heureux. Ces Européens pleins de préjugés n’étaient pas très intéressants à mon goût et puis je n’étais pas venu en Orient pour vivre avec des colonisateurs de passage mais avec les héritiers de ce monde ancien, avec cette grande et infortunée famille humaine. J’entrai si avant dans l’âme et dans la vie de cette dernière que je m’épris d’une native. “

Le livre se découpe donc en petites anecdotes de ces séjours en terre Indienne.

J’ai apprécié les courts récits, ses confidences en filigrane, ses rapports avec les livres, les mots, on y apprend un fait sur le mari de Virginia Woolf  et un passage avec Proust et la sonate de Vinteuil  : page 56 “ Je voulus voir dans la phrase musicale le récit magique de Proust et empruntai les ailes de la musique ou fut enlevé par elles. La phrase s’enveloppe dans la gravité de l’ombre t se fait plus rauque pour aggraver et amplifier son agonie. Elle semble construire son angoisse  à la manière d’une structure gothique, que les volutes répètent portées par le rythme qui élève sans interruption la même flèche.

L’élément né de la douleur cherche une issue triomphante qui ne renie pas dans l’essor son origine bouleversée par la tristesse. […] L’intimité obscure du piano provoque de temps à autre l’éclosion serpentine, jusqu’au moment où l’amour et la douleur s’enlacent pour la victoire agonisante.”

Ces passages se savourent doucement, à lire et relire, c’est un petit livre succulent et chaleureux… la solitude a ici éclairé une part d’ombre de cet auteur talentueux… pour notre plus grand bonheur.

Son attachement pour sa mangouste me fit plaisir également, se préoccupant de son sort lors de son départ vers une autre contrée, il a dépensé une “fortune” pour emmener sa mangouste sous bonne protection  Page 63 : “ Je décidais alors que Brampy, mon boy cingalais, m’accompagnerait. C’était une dépense de millionnaire et aussi une folie car nous allions vers des pays _ Malaisie, Indonésie _ dont Brampy ignorait totalement la langue. Mais la mangouste pourrait voyager incognito dans le capharnaüm du pont, dissimulée dans un panier. Brampy la connaissait aussi bien que moi. Restait la douane, mais l’astucieux Brampy se chargerait de l’abuser. Et c’est ainsi, avec tristesse, joie et mangouste, que nous quittâmes l’île de Ceylan pour voyager vers un autre monde inconnu. “

Plaisir de lire de tels récits qui nous font voyager aux couleurs chatoyantes des îles et autres contrées de l’Inde, et double voyage par le plaisir de lire cet auteur qui sait nous emporter par la magie de ses mots et de sa poésie…

Ce livre a été lu dans le cadre de 48024500_p de septembre ayant pour sujet : auteurs qui ont reçu le Prix Nobel de Littérature. Pablo Neruda a reçu le prix en 1971.  Je vous renvoie vers ce lien de wiképédia pour connaître cet auteur. Il semblerait que la France soit sur la plus haute marche du podium, suit les USA, puis le Royaume-Uni.

et un coup double puisque je l’inscris au challenge  CHALLENGE_2_EUROSde Cynthia