Survivre dans la rue

Une touriste de l’Oregon devenue SDF dans la Ville Lumière ? Impensable. Et pourtant vrai. Un aéroport en grève, un billet "low cost" non-remboursable : voici Ann Webb livrée à elle-même, à la rue, au froid, à la peur des agressions et à la plus totale solitude. Puis un jour, une porte s’ouvre, une main se tend... 

Un récit hallucinant sur les marges de notre société. Destins brisés, combat quotidien, mais aussi solidarité et même amour avec un grand A... Le regard innocent d’Ann Webb éclaire d’un jour inédit le monde des déshérités. Un témoignage précieux et bouleversant.

Source France Loisirs,

Une nouvelle édition sortira le 02/03/2011 chez Albin Michel

Résumé

Divorcée, sans enfant, coupée de sa famille, Ann Webb était aide-soignante dans un hôpital de Portland (Oregon).
Jusqu'au jour où, à 42 ans, elle décide de voyager... Son histoire commence comme un roman de Kafka et finit comme un témoignage de Soeur Emmanuelle. En 2008, sortant pour la première fois des Etats-Unis, Ann Webb passe ses vacances en Espagne. Au retour, elle fait un crochet par Paris où, bloquée par une grève, elle rate son avion. Idéaliste et naïve, ignorant tout de l'art de voyager, elle s'affole, épuise en une semaine ses réserves et se retrouve à la rue.
Commence alors un vertigineux plongeon. Ann est ronde et blonde, et les hommes de la rue ne tardent pas à la repérer. Pour échapper à ces " loups ", elle passe ses nuits à marcher. Jusqu'à l'épuisement. Car les foyers pour SDF qu'elle finit par découvrir, la refusent : une " touriste américaine " a forcément de l'argent ! Son seul soutien lui vient d'un livre, Le Pouvoir de l'instant présent, du très populaire Eckhart Tolle.
Or, la leçon principale de ce dernier est d'inviter ses lecteurs à vivre ce qui leur arrive dans l'instant, accepter leur sort et réfléchir aux raisons qui les y ont conduits. Peu à peu, Ann découvre le monde de la rue, le prend en affection et décide de rester à Paris. Une journaliste du Monde-2 la découvre alors. Ann Webb sera invitée par tous les médias à raconter sa singulière aventure...

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Une belle leçon de vie, pour une survie au quotidien. Le seul but d’une journée, manger, survivre, trouver un endroit pour passer la nuit, verbe “passer” parce qu’il se prête bien à cette condition, la nuit, instant de tous les dangers, la nuit quand le froid mordant devient meurtrier, ce moment où “les loups” choisissent de sortir de leur tanière, dans l’ombre toujours prêts à bondir sur leur proie, faible et sans défense. La nuit devient un long périple à traverser, Ann a choisi de marcher, le moyen le plus probable pour combattre à la fois le froid et “les loups”.

Ce récit nous plonge dans la réalité crue que connaissent bien des Sdf, et croyez-moi, quand vous aurez lu ce livre, vous porterez un tout autre regard sur tous ces sans-abris. Ils ne sont pas tous des alcooliques ou drogués, ils ne sont pas tous des brigands, certes, il y a parmi eux des malheureux, des déments et des pauvres diables que la vie n’est pas toujours fait don de ses grâces. Mais il y a aussi des gens dont les aléas et un fichu engrenage malheureux, n’ont pas laissé d’autre choix que de se retrouver dehors, exclus, étiquetés, et inconnus. Devenir “personne”, devenir un moins que rien, qu’un numéro sur une liste d’attente, pour une chambre au chaud, un pion dans une longue queue pour quérir, qu’un simple bol de soupe chaude, un café, une douche…

Lire ce témoignage nous fait prendre conscience que la France malgré toute sa grande générosité, les dévouements des bénévoles de tout horizon et toute religion, reste encore freinée par une administration absurde, par des tonnes de condition aléatoire dépourvue d’humanité qui laisse dans la rue une femme sans défense sous le seul prétexte qu’elle est américaine et qu’il faut parler français pour obtenir un lit, un bout de pain… des refuges, des centres qui abusent de la pauvreté et du grand désespoir pour ne pas dire détresse de ces gens qui n’ont que le seul bénéfice d’être à la merci de ces personnes derrière leur bureau…

Beaucoup d’absurdités dénoncées  au sein de ce livre mais aussi un beau témoignage de solidarité et de bonté pour d’autres personnes, de dévouement et de compassion, et la grande force et courage qu’Ann a su déployer pour persister à ne pas sombrer totalement.

Une grande leçon d’humilité, on ne peut qu’espérer que chacun puisse comme elle, se grandir de cette épreuve, et qu’on puisse trouver des solutions durables et efficaces pour sortir ceux qu’ils veulent vraiment s’en sortir car au final, ils ont jamais voulu devenir ce que la société a fait d’eux : des exclus d’un système qui ne roule qu’à peu de chose, mais surtout avec beaucoup d’huile monétaire.

Mettons un peu de côté nos aprioris, quand nous croisons un Sdf, et demandons nous, si ce n’est pas tout bonnement, une personne  comme vous et moi qui a chuté un moment donné dans sa vie, ou comme Ann Webb dont les aléas de malchance se sont si bien emmêlés que tout est devenu un sac de nœuds.

Elle puise sa force mentale en appliquant les percepts d’Eckart Tolle : accepter ce que le présent nous apporte sans vouloir renoncer, accepter ces épreuves et les comprendre.Une façon comme une autre de passer ces moments redoutables sans trop bouillonner de la marmite, et plonger dans une autre galère bien plus redoutable. 

Vous trouverez ces percepts d’Eckart Tolle ici   

Une lecture que je vous recommande pour au moins cesser de dénigrer tous les gens qui n’ont pas notre chance d’avoir un boulot, un toit, une famille; et prendre conscience que la vie tient à peu de chose, qu’on ne sait jamais ce qu’elle nous préserve demain, qui sait si un jour, la rue ne sera pas votre domicile…

Un article qui résume le parcours de cette américaine en Europe : C’est ici