Je continue mon hommage à cet écrivain qui me procure bien du plaisir avec sa plume d’un humour particulier, voir mon billet précédent “Le grand loin”

Comment va la douleur ?

Par l’éditeur

On ne saurait dire pourquoi l’univers de Pascal Garnier nous est si proche. Pourquoi il nous envoûte avec des histoires plutôt simples, des personnages a priori ordinaires et malmenés par la vie, des mots familiers et des silences qui le sont encore plus.
Ainsi Bernard, crétin solaire qui pose sur le monde un doux regard écarquillé. C’est ce qui séduit Simon, le cynique et élégant Simon, « éradicateur de nuisibles » en préretraite, autant dire tueur à gages au bout du rouleau. La rencontre a lieu à Vals-les-Bains. Et le hasard fait bien les choses : Simon a de l’argent, et Bernard, tout son temps. Il sera son chauffeur pour sa dernière mission.
Avec affection, on range les romans de Pascal Garnier au panthéon de nos auteurs d’atmosphère. Entre Simenon et Hardellet. Entre tendresse et cynisme, réalisme et humour désenchanté. Dans Comment va la douleur ? on retrouve cette façon si singulière et si attachante qui comme un miracle réjouit le cœur et fait du bien à l’âme.


J’ai relevé chez Télérama cette critique qui résume parfaitement le monde de Pascal GARNIER :

Télérama - Christine Ferniot (09 Février 2008)
L'histoire de Pascal Garnier tient à peu de choses, mais sa façon de décrire le quotidien du voisin, les gestes retenus d'un vieillard épuisé ou le sourire d'une fille perdue, ressemble à une chanson nostalgique qu'on a sans cesse envie de réécouter.


C’est là mon envie de me plonger à nouveau dans ses livres après “le grand loin” ce deuxième livre “Comment va la douleur” ressemble bien à ce refrain qui refredonne dans ma tête, une chanson humoristique et à la fois cinglante d'une douleur qui traverse l’histoire comme un coup d’épée. Pascal Garnier a le don de mélanger avec génie le noir et le blanc non pas pour nous peindre de gris son histoire mais un panache de couleurs qui jaillit à travers ses personnages toujours très marquants et originaux, même si ils ont parfois un petit côté répugnant, cynique ou marrant. Les descriptions sont si remarquables qu’on se croirait au cinéma, l’histoire se déroule tel un film, pas d’ennui, que du plaisir, des sourires, des angoisses parfois, de l’émotion et de la tendresse, assurément un joyeux cocktail de lecture dont je ne me lasse pas. Il est bien regrettable qu’il nous ait quitté si vite, si tôt. 

Pourquoi redire l’histoire, le résumé de l’éditeur suffit amplement à se plonger dans ce roman : “Comment va la douleur” est une expression africaine pour se saluer; je serai curieuse d’en savoir plus  à ce sujet. 

La douleur omniprésente devient la raison majeure de cette décision d’embaucher “Bernard” si attachant. Tout au long de cette mission, on croise Fiona et sa fille Violette, Rose et Anaïs la mère de Bernard, un tableau à elle toute seule.

J’ai encore bien ri des tableaux brossés par l’auteur, c’est d’un humour et pourtant il n’y a pas de quoi rire des malheurs des autres mais la façon dont il nous livre ces coups de “gueule” on ne peut que succomber.

Page 18 “ la grimace qui crispait le visage des jeunes époux évoquait une furieuse envie de pisser ou bien la douleur insidieuse provoquée par le port de chaussures neuves. Le costume du marié semblait taillé dans du contreplaqué et les kilomètres de tulle enrobant sa promise sortir d’une bassine de barba à papa. Cramponnées à la traîne comme des morpions, les demoiselles d’honneur se tordaient les chevilles sur leurs premiers escarpins à talons. Les mères se tamponnaient les yeux, les pères bombaient le torse, les gosses jouaient à s’attraper en soulevant des tourbillons de poussière.”

Page 29 :”Mon passé est triste, mon présent catastrophique, mais par bonheur je n’ai pas d’avenir.Ainsi se consolait-elle.”

Voilà un petit dialogue entre Bernard et sa mère Anaïs,  page 35 “

-Tu veux plus de ta côtelette, maman ?

- non, c’est trop gras.

- L’agneau c’est toujours un peu gras, c’est ça qui donne du goût. Tu manges rien.

- On peut pas tout faire, boire ou manger, faut choisir.

- Tu bois trop, tu fumes trop aussi. C’est normal que tu sois tout le temps fatiguée.

- J’aime bien être fatiguée, ça me repose. “

Parfois il nous étonne mais c’est sans doute une vérité blessante dont on ne veut pas regarder, au premier degré c’est d’une évidence au second ça peut choquer, exemple :

Page 81 : “Le bébé est une sorte de tube ouvert aux deux extrémités. Par l’une on le remplit, par l’autre il se vide. Comme on venait de le remplir sur l’aire d’autoroute, il se vida à proximité d’Avignon.”

Je ne désire pas en dire trop, et vous laisser le soin de partir avec Bernard au volant, un gars honnête et sérieux, qui prend soin de son entourage avec toute la reconnaissance méritée. 

Une belle histoire encore une fois, originale, mais touchante à la fois, je ne pourrais que vous conseiller de découvrir Pascal GARNIER.